Les résidants de Québec suivent les informations sur la présente crise économique avec un intérêt marqué mais tout en gardant le même détachement que pour la crise du verglas. Ils ne sont encore que voyeurs.
Sauf pour ceux dont le relevé de l'établissement financier montre une chute de la valeur de leur régime autogéré de retraite, la population de la capitale demeure très peu consciente qu'une crise monétaire mondiale a commencé à souffler sur le Canada.
Québec est dans une bulle en raison de la structure de l'économie locale et devrait donc être relativement épargné en 2009, comme ce fut le cas lors des replis de l'économie du début des années 1980 et 1990.
Québec abrite très peu d'entreprises manufacturières dont la production ne trouvera pas preneurs et qui devront faire des mises à pied. Même si l'économie de Québec est plus diversifiée depuis quelques années, sa colonne vertébrale demeure les secteurs public et parapublic, les assurances, les industries du savoir.
À l'abri du chômage, assis sur des régimes de retraite à prestations prédéterminées et généralement indexées, ces centaines de milliers de salariés ne craignent pas de devoir traverser des mois sinon des années de vaches maigres et ils ne ralentiront pas vraiment leurs habitudes de consommation.
L'hôtellerie et la restauration pourraient connaître un certain ralentissement si les Américains voyagent moins mais les touristes qui nous visitent proviennent maintenant d'horizons très diversifiés et les carnets de réservations pour 2009 sont déjà bien garnis. Les fêtes du 400e anniversaire de la ville de Québec lui ont procuré une large visibilité sur la scène internationale qui aura aiguisé l'intérêt de nouveaux touristes potentiels.
DEUX QUÉBEC
Le secteur de la restauration a connu une année record en 2008 en raison de l'afflux de touristes, au point où cette industrie a connu une importante pénurie de main-d'oeuvre. Une part de ces surplus de chiffres d'affaires s'évaporera mais la base de la clientèle de jour de la restauration de qualité est constituée de dirigeants du secteur public qui disposent de frais de représentation qui ne seront pas charcutés, comme c'est le cas dans l'entreprise privée en périodes de restrictions budgétaires. La gestion de crises nécessite même au contraire davantage de réunions et de dîners avec des partenaires ! Les bonnes tables de Québec continueront donc d'être occupées. Les meilleures décisions, c'est connu, se prennent l'estomac plein.
Ce portrait un peu caricatural de la région de Québec exclut volontairement de nombreuses familles qui seront néanmoins touchées ici comme ailleurs. Il visait à démontrer, dans la foulée de notre sondage sur la crise, que nous sommes à nouveau devant une autre forme de «deux Québec dans un».
Les appréhensions sont vives à Montréal quant à des pertes d'emplois. Les régions- ressources et celles qui dépendent pour beaucoup de productions manufacturières, comme Chaudière-Appalaches, ont subi depuis environ deux ans déjà des difficultés et elles réclamaient des interventions gouvernementales plus vigoureuses qui ont trop tardé.
À ce «deux Québec dans un» géographique s'en ajoute un autre, social celui-là, et il oppose le privé au public. Les salariés du secteur public qui préparent leurs négociations avec l'État tenteront à nouveau de nous convaincre qu'ils servent de locomotives pour leurs camarades du privé, qui profiteront ensuite de leurs gains. Les contextes de crises nous prouvent toujours que c'est un sophisme d'une caste sociale jalouse de protéger son cocon.