Les policiers du GRIPP sont les kings de la faune nocturne de
la grouillante Grande Allée. Ils ont le contrôle total de l’artère
vitale de Québec. Leurs méthodes de travail sont aussi peu
orthodoxes que redoutablement efficaces. Ils connaissent leur
clientèle autant que les travailleuses d’un CPE, souvent même
par leur nom. Leur travail se fait à 75% à pied, sur le trottoir, à
causer amicalement avec les fêtards, à blaguer, mais aussi à
contrôler des identités. L’équipe fait aussi trois ou quatre visites
au cours de la nuit à l’intérieur de la discothèque, où sont entassés
1 200 jeunes, dans un bruit assourdissant. Aucune agressivité
pourtant, de part ou d’autre.
Par contre, les policiers appliquent une politique de tolérance
0 et utilisent tous les règlements municipaux et les articles du
Code criminel ou de la route pour régner sur la place. Ils
connaissent les délinquants de Québec et composent avec eux.
Les visiteurs de gangs de rue de Montréal, de Longueuil ou de
Toronto ne sont cependant pas les bienvenus et font tout pour le
leur faire sentir. Ils exercent une pression incessante sur eux :
contrôle des véhicules, identification des personnes, contraventions
salées pour un pipi à l’extérieur, etc. Ils ne gagneront pas
un grand prix du tourisme pour la chaleur de leur accueil!
Quelques arrestations bien ciblées au cours de la nuit, faites
avec une technique mise au point pour éviter qu’elles dégénèrent
dangereusement pour les policiers, comme à Montréal (les
jeunes de gangs de rue cherchent à les encercler), font aussi sentir
à tous que le territoire appartient aux policiers de Québec,
pas aux membres de gangs de rue, qu’ils soient de Québec, de
Montréal ou d’ailleurs.
Sans profilage
Cette sortie nocturne a également permis de constater à quel
point la présence massive de jeunes hommes noirs dominait à
ces soirées hip-hop à Québec. Le ratio d’environ 40 % de la clientèle,
hier, est renversant par rapport à la réalité de Québec. Ils
débarquent par grappes de cinq ou six après minuit, souvent à
bord de véhicules de luxe, bardés de bijoux. Quant aux jeunes
Québécoises blanches qu’ils racolent, leurs parents ne les laisseraient
sûrement pas se présenter au petit déjeuner aussi dévêtues.
Pourtant, elles courent dans tous les sens sur Grande Allée,
chutant de leurs talons trop hauts, le string au vent et les seins
débridés sous leurs mini-tops.
Les gangs de rue sont bien présents à Québec, mais cette petite
criminalité semble efficacement encadrée, d’abord parce que
les affiliés locaux sont bien identifiés, ce qui permet d’isoler les
visiteurs indésirables et d’agir, de concert avec les procureurs de
la Couronne, pour leur fermer les portes de la ville. Je n’oserai
jamais trancher si Québec a besoin ou pas d’une escouade antigangs.
Cela appartient aux directeurs du SPVQ, dans la mesure
du possible avec les représentants des policiers de terrain
comme les sergents José Côté et Lucille Brazeau. J’ajouterai que
ce n’est pas davantage au maire Régis Labeaume et aux élus de
l’exécutif de décider.
J’ai cependant constaté de visu que l’efficacité de l’actuel
GRIPP découle de sa connaissance intime du phénomène, de sa
présence très visible et dissuasive sur la rue, de la continuité de
ses opérations depuis trois ou quatre ans, par un même noyau
de policiers qui développent cette expertise et, enfin, de la complémentarité
des actions de ces policiers avec leurs collègues du
renseignement et des enquêtes. Un jeune trafiquant aux poches
pleines a ainsi été sorti de la discothèque comme une aiguille
d’une botte de foin.
La police de Québec a une expertise reconnue dans le contrôle
de foule. Ses méthodes de travail pour contrer les gangs de rue
exigent évidemment d’importantes ressources humaines et le
GRIPP ne pourrait contrôler de la sorte 30 Dagobert simultanément.
Mais elles feront sans doute aussi école.