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La chronique de J. Jacques Samson

La couventine

J. Jacques Samson
09/10/2008 11h41 

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La chronique de J. Jacques Samson - La couventine
 

Julie Couillard a des balises très élastiques sur les activités de lobbyisme et la notion de trafic d’influence.

En entrevue au Journal hier, l’« ex » de Maxime Bernier a reconnu qu’elle a été rémunérée par la firme Kevlar de Québec pour le travail qu’elle a accompli pour le bon cheminement du dossier de l’édifice à bureaux devant regrouper 700 fonctionnaires à Québec. Kevlar est sur les rangs, en offrant un terrain connu comme le stationnement Dorchester, au centre-ville. Mme Couillard était assurée en plus d’une généreuse commission si Kevlar obtenait l’important contrat convoité.

C’est l’un des dirigeants de Kevlar, Philippe Morin, un autre « ex » de Julie Couillard, qui s’est chargé de la mettre en présence de Maxime Bernier lors d’un souper qu’il avait organisé. Ce fut le point de départ de sa relation avec le ministre. M. Morin lui a aussi confié le suivi du dossier en question auprès de Bernard Côté, un membre du cabinet du ministre des Travaux publics d’alors, Michael Fortier. Elle avait rencontré M. Côté par hasard, soutient-elle, lors d’une sortie dans un bar bien fréquenté de Montréal.

Julie Couillard n’était pas inscrite au registre des lobbyistes. Mme Couillard maintient qu’elle n’a pas fait de lobbying pour Kevlar. Elle était « agente au développement des affaires », explique-t-elle, et elle a fait le suivi du dossier de l’immeuble de Québec parce que les communications entre Philippe Morin et Bernard Côté paraissaient rugueuses. Or, M. Côté n’était pas un haut fonctionnaire de l’administration publique, susceptible de fournir des informations techniques sur l’appel d’offres, mais un membre du personnel politique. Il a d’ailleurs démissionné lorsque le scandale a éclaté.

Julie Couillard se défend encore plus évidemment d’une tentative de trafic d’influence. Le Code criminel stipule, à l’article 121, qu’une infraction est commise par quiconque «ayant ou prétendant avoir de l’influence auprès du gouvernement ou d’un ministre du gouvernement, ou d’un fonctionnaire, exige, accepte ou offre, ou convient d’accepter directement ou indirectement, pour lui-même ou une autre personne, une récompense, un avantage ou un bénéfice de quelque nature en contrepartie d’une collaboration, d’une aide, d’un exercice d’influence ou d’un acte ou d’une omission concernant (...) une soumission en vue d’obtenir un contrat avec le gouvernement».

L’enquête

Mme Couillard n’a pas encore été interrogée par la GRC pour reconstituer la chronologie de ses rencontres avec les différents acteurs dans cette histoire, le contenu des échanges, le cheminement du dossier de Kevlar. Elle se vante même d’avoir appris par une bonne source (!) à la suite d’une réunion du Conseil du Trésor où siégeait Maxime Bernier que ce dernier y aurait torpillé la candidature de Kevlar. Celui-ci lui aurait ainsi fait perdre la grosse commission qu’elle visait. De qui détient-elle des informations sur le contenu de réunions ultra-secrètes du Conseil du Trésor ? Elle n’a pas voulu me le dire. Cela devrait intriguer la GRC.

Les notes d’honoraires de Julie Couillard à Kevlar révéleraient peut-être aussi des informations pertinentes aux enquêteurs. Mme Couillard a-t-elle facturé Kevlar pour des rencontres qu’elle présente comme privée, soit avec l’un de ces acteurs au dossier ou, par exemple, en vue d’une éventuelle candidature pour le Parti conservateur ? Ou pour des rendez-vous avec Maxime Bernier Ces questions sont certainement légitimes dans le contexte. Elle n’a pas voulu élaborer en entrevue sur sa rémunération.

Je respecte la présomption d’innocence à laquelle a droit Julie Couillard. Je respecte aussi l’aplomb dont elle fait montre. Elle possède également une bonne vivacité d’esprit et elle sait jouer avec l’image: elle a même adopté les tenues d’une sage couventine depuis la sortie de son livre. C’est un rôle de composition cependant qui m’amène à douter de bien d’autres qu’elle s’attribue. J’attendrai l’absolution du Procureur général avant de lui donner aveuglément la mienne.




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