Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

Agence QMI

Mieux vaut ne pas parler d'eux

Mieux vaut ne pas parler d'eux

François LegaultPhoto d'archives, Simon Clark

Récemment, Rima Elkouri signait une chronique dans La Presse intitulée « Mon pays ». Elle rapporte qu'à la suite de sa chronique où elle commentait la victoire de la CAQ en émettant certaines réserves sur les positions identitaires de ce parti, elle a reçu plusieurs commentaires blessants. Étant donné son nom à consonance étrangère, de nombreux courriels qu'elle a reçus comportent une forte saveur raciste, car on lui dit de retourner dans son pays. Or, la chroniqueuse explique qu'elle est née ici au Québec et qu'il lui serait bien difficile de retourner d'où elle vient comme on le lui suggère. Ces comportements sont déplorables et ne représentent certainement pas l'opinion de la majorité des Québécois. Ils sont le fruit de personnes de peu de culture qui n'ont que l'insulte pour affirmer leurs convictions.

Mais je me questionne simplement sur le fait de faire ressortir dans une chronique de La Presse ces écarts de conduite tout à fait désolants, honteux et marginaux. Comme si on voulait laisser entendre, même si la chroniqueuse s'en défend, que de nombreux Québécois sont racistes, intolérants et xénophobes. Et c'est tout aussi déplorable.

Ce que je veux dire, c'est que moi aussi, même si je suis « homme blanc et Québécois de souche », je reçois mon lot de bêtises et de menaces. Dès que je parle favorablement de Cuba, par exemple, on me dit de retourner vivre « dans ce paradis communiste » si je ne suis pas content de vivre au Canada. Même chose si j'affirme mes convictions indépendantistes. On me conseille de prendre le vol 370 de Malaysia Airlines, de quitter le Canada car ce sera un bon débarras, on me traite d'assassin, de charognard, de malade mental et tutti quanti.

Ces insultes, ces menaces viennent-elles de citoyens anglophones ou d'origine africaine? Je ne le pense surtout pas, et je ne pousserai pas l'outrecuidance jusqu'à affirmer qu'il s'agit d'immigrants qui en veulent à ma québécitude, à mes origines. Je crois que la majorité de ces propos blessants viennent de l'« intérieur », ce sont des Québécois de souche, les mêmes sans doute que pour Rima Elkouri, ou du moins, ils appartiennent à la même catégorie d'esprits frustrés et détraqués, qui ne peuvent tolérer qu'on puisse penser différemment et « afficher une opinion impopulaire ».

C'est la raison pour laquelle j'ai demandé à mes patrons de ne pas avoir de boîte de réponses à la fin de ma chronique. Je veux pouvoir continuer à écrire en toute liberté, sans me laisser influencer par ces menaces. Car veut veut pas, de telles paroles blessantes m'intimident, menacent ma paix intérieure, torpillent ma sérénité et ma joie d'écrire. Je ne sais pas pour Rima Elkouri, mais pour moi, c'est l'effet que ça me fait. On a beau avoir la couenne dure...

De toute façon, à l'heure de la Grande Toile, ceux qui veulent m'intimider trouveront toujours le moyen de communiquer avec moi, que ce soit sur Facebook, sur mon propre courriel ou sur mon téléphone.

Je me permets un conseil amical à Rima Elkouri. Après tout, son collègue de travail François Cardinal s'est bien permis ce matin, à Gravel le matin, de donner quelques conseils au nouveau premier ministre François Legault. Rima Elkouri pourrait demander à ses patrons de ne pas permettre l'envoi de commentaires, quels qu'ils soient, sur la page de sa chronique à La Presse. Ceux et celles qui veulent la remercier trouveront bien le moyen de le faire. Quant aux autres, ils ne méritent surtout pas qu'on en parle.



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