Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

Agence QMI

Des nouvelles d'ici en attendant la suite

Des nouvelles d'ici en attendant la suite

Photo Archives AFP

Je n'ai pas pu suivre le débat des chefs, étant à Cuba pour mon travail. Mais j'imagine que les échos de ce débat résonneront encore dans les médias à mon retour dans quelques jours.

Ici, ce dont on parle beaucoup, outre la réforme de la constitution et l'approche d'une tempête tropicale qui risque de se transformer en cyclone - les souvenirs douloureux d'Irma il y a un an exactement sont encore très présents -, ce sont les tentatives répétées de l'administration Trump de déstabiliser le continent latino-américain.

Il y a eu, dans les années soixante-dix, le Plan Condor qui visait à saper par tous les moyens, et surtout l'assassinat, toute tentative d'émancipation sociale et politique visant à se défaire de l'emprise des États-Unis. En vertu de la doctrine Munroe, les États-Unis ont toujours considéré l'Amérique latine comme leur arrière-cour, aussi bien pour des raisons économiques que de sécurité nationale. Depuis cent ans, de nombreux coups d'État ont été fomentés pour renverser des gouvernements légitimes jugés trop nationalistes. Un des plus sanglants et dramatiques de l'histoire récente est celui contre le gouvernement socialiste du président Salvador Allende, il y a exactement quarante-cinq ans, un 11 septembre 1973.

Aujourd'hui, les méthodes ont quelque peu changé mais la même volonté existe de maintenir le monde sous la férule de l'empire américain et décourager toute velléité d'indépendance, que ce soit en Asie, en Afrique, au Moyen Orient ou ici en Amérique. Le blocus commercial et financier imposé contre Cuba depuis cinquante-cinq ans est là pour nous le rappeler alors que le président Trump s'apprête à le prolonger pour une autre année, selon ce qui est devenu une routine des administrations étasuniennes précédentes. On évalue les effets de ce blocus à plusieurs milliards de dollars, sans parler des pertes en vies humaines. À la fin du mois d'octobre prochain, Cuba présentera à l'ONU, pour la vingt-septième année consécutive, une résolution demandant de mettre fin au blocus, motion normalement votée à l'unanimité sauf un ou deux pays comme les États-Unis et Israël, mais qui demeure néanmoins lettre morte.

Aux coups d'État sanglants, aux actions frontales et ouvertes, ont succédé les « coups d'État mous » et les guerres non conventionnelles (GNC), dont les normes sont des plus explicites : « Il s'agit d'un ensemble d'activités dirigées à encourager le développement d'un mouvement de résistance ou d'insurrection, dans le but d'exercer des pressions, de transformer ou de renverser un gouvernement ou de prendre le pouvoir grâce à un mouvement de guérilla clandestin et qui sert de support à d'autres types d'action, à l'intérieur d'un territoire ennemi. »

On l'a vu, entre autres, en Équateur où Rafael Correa, à la tête d'un gouvernement progressiste, a dû céder sa place à un candidat allié de son propre parti, Lénin Moreno, car la constitution lui interdisait de se représenter pour un troisième mandat. Or, peu de temps après avoir été élu, Moreno s'est transformé en un des plus fidèles alliés des États-Unis, à qui il a redonné ce que le gouvernement de Correa avait enlevé.

On l'a vu en Argentine et au Brésil où ce sont les tribunaux qui se sont chargés de faire la « sale job » en accusant les dirigeants de gauche de corruption et les empêchant de se représenter aux élections. Aux dernières nouvelles, l'ex-président brésilien Lula de Silva, condamné à une lourde peine d'emprisonnement, a dû renoncer à se présenter aux prochaines élections, les tribunaux le lui ayant interdit, malgré la volonté populaire.

On le voit de façon permanente au Venezuela, pays qui possède les réserves les plus importantes de pétrole de la région et qui est victime des attaques les plus sournoises qui ont déjà fait leurs preuves au Chili. On crée des pénuries artificielles en stockant clandestinement des denrées de premières nécessités, y compris des médicaments, de façon à créer le mécontentement populaire. Pendant ce temps, une opposition armée avec des armes de moins en moins artisanales fait son apparition, causant des ravages dans les principales rues du pays. Et les agences de nouvelles internationales s'empressent aussitôt de créer un climat d'urgence et de catastrophe, accusant le gouvernement de Maduro d'en être le responsable.

Ces méthodes « douces », à première vue moins brutales, ont remplacé les bombardements, les drones et l'artillerie lourde. Mais il s'agit toujours de la même agression pour empêcher les gouvernements progressistes « non contrôlables » de redonner une vraie autonomie à leurs pays.



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