Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

Agence QMI

Denys Arcand avait raison

Denys Arcand avait raison

Denys ArcandPhoto d'archives

Quand j'entends de bons Québécois, des gens bien de chez nous, affirmer le plus naturellement du monde de telles inepties lors d'un vox populi : « Ben on a essayé les libéraux, pis ça rien donné. On a essayé les péquistes pis ça rien donné. Ben maintenant je suis prêt à essayer la CAQ », je me dis que nous sommes vraiment un peuple sans mémoire, amnésique grave. Cette inconscience doit très certainement influer dans notre vie quotidienne, sur d'autres sortes de comportements qui font que les Québécois en général se complaisent dans une béatitude crasse. On est prêt à se faire passer n'importe quel savon ou sapin.

J'ai toujours affirmé que Denys Arcand avait tort de proclamer avec cynisme que les Québécois, ceux que l'on voit dans son film Le confort et l'indifférence, tournée dans le cadre du premier référendum sur la souveraineté du Québec, en 1980, étaient des personnes qui ne pensent qu'à leur confort et qui se complaisent dans la totale indifférence. Je disais, à l'époque, que le cinéaste faisait preuve de mépris et que ces mêmes personnes pouvaient tout autant faire preuve de courage et d'audace si on prenait la peine de leur expliquer les causes, les raisons et les rouages de notre aliénation, si on leur montrait comment on pouvait s'en sortir, devenir adulte, maître chez nous, pour reprendre le slogan de Jean Lesage en 1960, assumer notre autonomie, penser par nous-mêmes, bref nous émanciper enfin du carcan du fédéral, accéder à l'âge adulte. Ne plus apparaître comme une entité étrange aux yeux de l'Anglais, du Canadien anglais, en raison de notre langue, de notre histoire, de notre culture, de notre idiosyncrasie, mais bien comme une entité normale, originale, propre, tout ce qui fait de nous un peuple différent à qui il ne manque qu'une chose : qu'il se prenne en main.

Mais je commence à croire que Denys Arcand avait raison. C'est peine perdue. Nous sommes sous traitement avec le narcotique de l'apathie, administré à doses de cheval. Ce peuple béat a oublié tout ce qu'a fait le Parti québécois pour parachever la Révolution tranquille et asseoir le Québec dans la modernité, tout en échouant malheureusement à lui donner une voix internationale parmi le concert des nations. Entre autres, la protection et de la promotion de la langue française, la base même de notre identité, de ce qui nous distingue, veut veut pas, de l'Autre. Il y a eu aussi le financement des partis politiques, ce qui n'a malheureusement pas empêché le Parti libéral de tremper dans les pires magouilles pour son financement. Il y a eu la loi sur le zonage agricole et la protection du territoire, la conversion des clubs privés de chasse et pêche, la création d'un réseau de garderie qui fait notre orgueil, la décriminalisation de l'avortement thérapeutique, l'égalité des femmes et des hommes dans l'autorité parentale et familiale (les femmes peuvent désormais garder leur nom de famille en se mariant), l'équité salariale, le Fonds de solidarité FTQ, la création du ministère de l'environnement, l'assurance-automobile, la signature de la Paix des Braves, la fin du nucléaire, et j'en passe.

Mais Monsieur-tout-le-Monde, lui, dit : on a essayé le PQ et ça n'a rien donné. Mais qu'est-ce que ça lui prend à ce Monsieur pour qu'il s'ouvre les yeux, qu'il se souvienne et comprenne que revenir en arrière avec François Legault ne le rendra pas plus heureux, au contraire.

Je ne suis pas toujours d'accord avec le Parti québécois et je ne me prive pas de le critiquer. Il a fait des erreurs et il a su le reconnaître. Mais puis, entre vous et moi, ce qui devrait inclure Monsieur Tout-le-Monde, on peut-tu s'entendre sur une chose : le PQ n'est pas le parti de la corruption et de la magouille comme le PLQ, le PQ a l'expérience du pouvoir contrairement aux novices de la CAQ, et le PQ n'est pas une secte comme Québec solidaire.



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