Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

Jacques Lanctôt
Canoë

Ici, «chez moi»

Ici, «chez moi»

Photo courtoisie, Jacques Lanctôt

Jacques Lanctôt

Je suis actuellement à La Havane, pas nécessairement en congé puisque j'y écris mes trois chroniques hebdomadaires : ma «Lettre de Cuba», ma chronique Livre (essai), ces deux dernières étant publiées dans le Journal du samedi, et cette chronique d'opinion qui paraît depuis des années sur la page de canoë.

Mon cadre de travail change chaque quinze jours puisque je reviens « chez moi » tous les quinze jours, pour une même période. J'avoue que ces va-et-vient entre Montréal et La Havane me donnent le tournis mental, car, à la longue (je suis plongé dans ce régime du 15-15 depuis janvier dernier), je ne sais plus très bien où c'est, chez moi. J'exagère, bien sûr, mais à peine. Lorsque je dis « ici », je ne sais plus s'il s'agit du Québec ou de Cuba.

Simplement dire qu'ici, à Cuba, c'est le monde à l'envers. Le point de vue sur les événements qui se déroulent sur la scène internationale n'a rien à voir avec celui, très radio-canadien, d'Anne-Marie Dussault, entre autres. Les actions violentes qui sont perpétrées au Nicaragua, par exemple, sont vues à travers un autre prisme, une autre grille d'analyse, par l'autre bout de la lorgnette, et les commentaires et analyses reflètent un point de vue qui est aux antipodes de ce qu'on peut lire dans les médias officiels un peu partout dans le monde ou qu'on peut voir et entendre sur toutes les chaînes internationales, à quelques exceptions près, dont fait partie heureusement la chaîne télévisuelle Télésur (que ferais-je sans cette précieuse chaîne de nouvelles ?) C'est rafraîchissant et bon pour mon moral. Alors qu'à Montréal, j'ai toujours l'impression de vivre en minoritaire, « ici », à Cuba, je me sens bien entouré, mes idées de solidarité, d'entraide et de justice sont au pouvoir, très loin de la vision sectaire d'un Québec solidaire complètement déconnecté de la réalité (ah ! les petits caporaux solidaires sur Facebook qui vilipendent tous ceux qui osent critiquer « leur » parti !). Très loin aussi d'un François Legault toujours un peu plus démagogue à mesure qu'il sent l'odeur de la victoire de plus en plus à portée de narines (je ne sais pas si cette expression existe, mais je la trouve juste).

J'en entends encore qui vont me crier des gros mots, de rester à Cuba si c'est si beau et de ne plus les achaler avec mes idéaux de fraternité et de partage. Ce n'est pas tant que c'est si beau, Cuba est loin d'être un paradis et il y a tant à faire. Mais j'aime cette douce nonchalance, cette façon de marcher qu'ont les femmes d'ici, j'aime cette langueur des après-midis sans fin alors que tout le monde dans la rue cherche un coin d'ombre pour se rafraîchir, j'aime que tout se fasse sur un pied de danse malgré les bruits de guerre au loin, j'aime cette capitale, La Havane, la « ville aux colonnes » comme l'appelait l'écrivain cubain Alejo Carpentier, qui tente tant bien que mal de se refaire une beauté en prévision de son cinq centième anniversaire, l'an prochain.

Et puis, si la politique est partout, la culture l'est encore plus. À la télé, les nouvelles culturelles abondent et nous invitent chaque jour à la fête. On annonce le Festival Hip Hop « Rimes, amour et poésie », les « Journées de la chanson politique », « un livre pour l'été », du théâtre classique et contemporain, les « Artes en La Habana » au Pavillon Cuba sur la Rampa (rue 23), des spectacles de variétés, d'orchestres et d'humour, telle exposition importante d'un grand peintre cubain dans une galerie de la Vieille Havane ou d'une grande photographe dans un des musées de la ville, et des festivals de musique, électronique et autres, aussi de danse à n'en plus finir, contemporaine, classique, salsa, rumba, jazz, flamenco, etc., sans oublier les enfants avec des activités bien particulières, ni les adolescents qui ont toujours droit à leur journée, tous les mercredis, à la Fabrica de arte cubano (FAC), tandis qu'on nous donne déjà un avant-goût du Carnaval de la Havane, à la mi-août, un grand crû paraît-il. L'offre culturelle, fièrement 100% cubaine, est un magnifique exemple d'appropriation culturelle.

J'imagine mon fils, qui vient d'avoir treize ans, faire la file bientôt aux portes de la FAC avec une copine. En attendant, il passe ses journées à jouer au foot dans la rue avec ses amis d'enfance.



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