Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

Agence QMI

Un ministre jovialiste

Un ministre jovialiste

Sébastien ProulxPhoto d'archives, Simon Clark

Le ministre libéral de l'Éducation Sébastien Proulx vient de publier un livre. Gros gros événement, laisse-t-on entendre. Il l'a écrit, paraît-il, pendant ses vacances de Noël, ce qui semble digne d'un record Guinness à entendre certains journalistes saluer l'exploit réalisé par cet ex-caquiste.

On le savait spécialiste du défonçage de portes ouvertes, le voilà consacré écrivain et penseur. Il a écrit ce livre pour faire connaître le fond de sa pensée (elle est sans fond, sa pensée) et pour « positionner une réflexion » (?), dit-il en entrevue à Radio-Canada.

Que connaît le ministre du milieu de l'éducation et des conditions de travail des enseignants? se demande la Fédération des syndicats des enseignants, à part les coupures d'un milliard de dollars qu'a effectuées son gouvernement. Lorsque le ministre parle de vouloir laisser une trace avec cet ouvrage, on peut certes dire : mission accomplie. Le désastre est total et la trace est bien visible. Oui les temps ont changé comme vous le dites, monsieur le ministre, mais pas dans le sens que vous le prétendez. Avec vous, c'est plutôt avancez en arrière.

Moi, je me garderais une petite gêne, monsieur le ministre, en roucoulant de la sorte devant les médias. Vous vous gargarisez de belles formules creuses et éculées à propos de la culture générale et de l'importance de la lecture. Genre : « Pour s'ouvrir au monde, pour rester ouvert au monde, il faut le connaître. » Évident, mon cher Watson. Personne ne peut être contre la vertu. Vous ne faites qu'avancer des évidences. Vous ne faites que répéter ce que d'autres ont dit avant vous, sans y apporter de vraies solutions.

Vous affirmez que l'alphabétisation est un des plus grands devoirs de l'État. En connaissez-vous beaucoup des États pour qui ce ne serait pas un des plus grands devoirs. Mais que faites-vous pour atteindre vos objectifs? Trop peu trop tard. Les écoles sont en décrépitude et contaminées pas la moisissure, elles manquent de personnel d'entretien. Il y a quelques semaines, lors des grands gels, les cours d'école étaient de véritables patinoires, mais des patinoires mal entretenues, sans zamboni. Qui s'y aventurait le faisait à ses propres risques et périls. On recommandait même aux plus petits de marcher à quatre pattes. On ne compte plus le nombre d'enfants, d'enseignants et d'éducateurs qui sont tombés et se sont blessés, entraînant de nombreux congés maladie. Et comme il y a pénuries d'enseignants suppléants, ces absences causent d'autres problèmes que vous pouvez facilement imaginer.

Vous sombrez dans le ridicule, monsieur le ministre, avec des telles assertions : « Je n'aurais pas cru un seul instant écrire un livre et écrire un chapitre qui raconte l'importance de la littérature, pensant peut-être à tort que seuls les érudits et les experts littéraires peuvent le faire dans les livres... » Oui, vous pensez à tort. Tous les enseignants connaissent cette importance des livres et ils déplorent la pauvreté des bibliothèques scolaires.

Sur quelle planète habitez-vous? À quel public vous adressez-vous? Plus loin : « Je l'ai dit d'entrée de jeu dans ce livre, nous sommes dans une époque de l'écran et de l'immédiat. Or, nous sommes une société construite sur l'écrit. » Quelle découverte! Quelle érudition! Un peu plus et vous seriez capable de remonter jusqu'à Gilgamesh.

Je n'irais pas jusqu'à vous dire de vous taire, monsieur le ministre, mais je suggérerais à votre premier ministre de vous recycler dans un autre ministère où vous pourriez toujours prétendre réinventer le bouton à quatre trous, mais sans faire de vagues ni faire ombrage à l'intelligence. La bonne volonté ne justifie pas tout. À moins que François Legault ne se cherche un ministre de l'Éducation.



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