Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

Canoë

Un exemple de courage

Un exemple de courage

AFP

Me turlupine la phrase de Philippe Couillard que j'ai rappelée à votre mémoire il y a une semaine : « Quel est le degré d'oppression, d'humiliation, de souffrance, au Québec, qui nécessiterait d'assécher nos services publics pendant probablement au moins une dizaine d'années [...] de sacrifier nos programmes sociaux, de nous trouver en état de pauvreté plutôt que d'être des citoyens d'un État membre du G-7? »

Je trouve cela honteux et indigne d'un premier ministre qui doit voir à la défense de nos intérêts, matériels et moraux.

Cette semaine, j'écoutais sur la chaîne TéléSur une émission consacrée au Che, intitulée Ernesto Guevara, aussi connu comme le Che. Le Che des premières années de la Révolution cubaine. Le narrateur rappelait ce qu'il avait fallu de courage, d'imagination et de débrouillardise pour reprendre en main une économie que les dirigeants d'entreprises, bien souvent américains, avaient laissée en plan et sabotée juste avant de quitter l'île enfin libérée des forces sanguinaires du dictateur Batista.

Che Guevara n'avait aucune expérience dans le fonctionnement d'une usine ou d'un petit atelier artisanal. On voulait pourtant continuer à produire les biens de première nécessité pour la population mais on manquait de tout, et aussi et surtout d'expertise. Il fallait donc tout inventer et c'est ce que les Cubains firent. Tout le contraire d'un Philippe Couillard qui nous dit, ni plus moins : demeurons des carpettes sur lesquelles Ottawa peut continuer de s'essuyer les pieds et comptons-nous chanceux de recevoir des miettes.

Les États-Unis étaient très tôt entrés dans la danse du sabotage, en organisant des attentats et en encourageant la destruction des outils de travail. La plus importante attaque, pendant ces deux premières années, fut l'attentat contre le bateau français La Coubre, survenue dans le port de La Havane, un bateau chargé d'armes devant servir à défendre la jeune révolution attaquée de toutes parts. C'est lors de cette manifestation de protestation monstre dans les rues de La Havane que le photographe cubain Corda prit le fameux cliché du Che. Ne se fiant qu'à son instinct, il surprit le Che dans cette posture, en fait, il ne posait nullement et son regard exprimait la gravité de la situation. Cette photo allait faire le tour du monde et devenir une référence incontournable de la révolution cubaine et d'un des ses principaux dirigeants, grâce à un éditeur italien qui la découvrit quelques années plus tard et la publicisa largement.

Entre autres tâches, le Che exerçait celle de ministre de l'Économie. Le narrateur raconte comment il avait été nommé par Fidel à ce poste, alors qu'il n'y connaissait rien. Au cours d'une réunion gouvernementale, Fidel avait demandé qui était économiste. Le Che, un peu dans la lune, leva la main. Il fut sur-le-champ nommé ministre de l'Économie et donc chef de la Banque centrale. Fidel alla le voir ensuite pour exprimer sa surprise. Il ne savait pas que le Che, son compagnon de lutte, avait des capacités d'économiste. « Quel économiste ? lui répondit le Che. J'ai compris que tu demandais qui était communiste et j'ai levé la main. » Lorsqu'il commença à apposer sa signature sur les billets de banque, il signa tout simplement Che. On lui fit remarquer qu'il devait signer de son nom au complet. Il s'y refusa en disant : « Je signe comme je le veux bien. »

Il ne demeura cependant pas longtemps à la tête de ce ministère, préférant d'autres charges où il se sentirait plus utile. Il se rendit bientôt en URSS et en Chine pour signer les premiers traités commerciaux au moment même où les États-Unis ordonnaient le blocus économique et demandaient à tous les pays latino-américains de rompre leurs relations commerciales et diplomatiques avec Cuba, ce que tous firent sauf le Mexique.

Alors, on peut imaginer la force de caractère du peuple cubain pour réussir à survivre dans de telles conditions de guerre larvée, menée par la première puissance militaire du monde. Les dirigeants cubains n'ont pas demandé à leur peuple de s'écraser, d'oublier leurs revendications de souveraineté, de faire marche arrière pour pouvoir « être des citoyens d'un État membre du G-7 ». Non, les Cubains se sont unis et n'ont formé qu'un seul front pour affronter les menaces et les attentats et pour réinventer la roue, s'il le fallait.

Je ne connais aucune autre attitude pour qui veut conquérir sa souveraineté.



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