Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

Agence QMI

Les illuminés

Les illuminés

Manon MasséPhoto d'archives Simon Clark

J'aimerais les aimer, ce sont des gens comme vous et moi, ils vivent tout près, dans les mêmes conditions que les miennes plus ou moins. Bon cela, c'était avant qu'ils soient élus députés. Cette fonction doit nécessairement changer la perspective, on ne voit plus la réalité de la même façon, il me semble, quand on reçoit un salaire d'environ 100 000$ par année, plus les allocations, plus la possibilité d'une pension indexée après deux mandats, plus de nombreux autres avantages liés à la profession de député, avec son budget discrétionnaire.

Je me souviens des cours de philosophie marxiste que dispensait Mario Bachand, dans le Comité Indépendance et socialisme, après la dissolution du RIN, en 1968. Il nous faisait lire Principes élémentaires de philosophie marxiste de Georges Politzer. Un classique du genre. Cet ouvrage m'avait beaucoup marqué. Politzer, qui a été fusillé par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, avait créé l'Université Ouvrière où il donnait des cours de philosophie matérialiste à des ouvriers qui n'avaient pas un gros bagage scolaire. Je me souviens, de mémoire, d'un exemple qu'avançait le philosophe, à moins que ce ne soit Bachand, pour montrer comment la perception de la réalité était différente selon qu'on soit un bourgeois friqué ou un pauvre travailleur. Il avançait l'exemple du taxi, qui matériellement est toujours le même, qu'on soit l'un ou l'autre. Ce qui changeait, c'était la perception et le contexte social. Pour le riche ou la personne qui vit dans une certaine aisance, le taxi est un moyen comme un autre de se déplacer. Mais pour le pauvre travailleur, c'est un luxe qu'il ne peut pas se payer. Deux façons de voir un même objet.

Si je raconte cette anecdote, c'est que j'imagine qu'il en va de même pour les députés et ministres. On dit souvent d'eux qu'ils sont déconnectés de la réalité. Pourtant, cette réalité demeure toujours la même. On doit se loger, on doit se vêtir, on doit se nourrir, on doit voir à l'éducation et à la santé de nos enfants. Cette réalité est la même pour tout le monde. Et pourtant, certaines réalités sont inaccessibles à un bon nombre de personnes.

Politzer disait aussi que de ne pas avoir le sens des réalités, vivre dans la lune et proposer des choses qui ne tiennent pas compte de la réalité concrète constitue une attitude idéaliste, voire mensongère puisqu'on sait fort bien que ces beaux projets qu'on met de l'avant dans un programme politique sont irréalisables. C'est un peu ce que fait Québec solidaire, avec ses arguments simplistes. Le discours de Manon Massé, à la clôture du congrès de QS, il y a une semaine, en est un bel exemple.

Lorsqu'on examine les principales propositions votées par les militants de QS, au cours de la fin de semaine dernière, et qui figurent désormais dans son programme en vue des élections générales de l'automne 2018, on se convainc rapidement que ce parti est déconnecté de la réalité. C'est comme si quelqu'un, un jour, décidait de faire la grève en réclamant la fin du capitalisme. On ne fait pas la grève pour demander la fin du capitalisme, peu importe que ce système soit jugé injuste en raison de ses inégalités immenses comme le prouve le 1%, entre autres, non, on fait la grève pour demander, exiger des améliorations de nos conditions de travail. Seuls des illuminés peuvent faire la grève pour exiger l'abolition d'un régime, aussi pourri soit-il.

QS apparaît de plus en plus comme un parti d'illuminés, qui accorde désormais plus d'importance aux revendications communautaristes qu'aux revendications sociales, celles qui concernent notre vie de tous les jours.



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