Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

Agence QMI

Qui a tué JFK ?

Qui a tué JFK ?

Photo d'archives

Cinquante-quatre ans plus tard, l'assassinat de John F. Kennedy refait surface, à l'occasion de la divulgation de documents officiels qui avaient été jusqu'à maintenant gardés secrets et que le président Trump a accepté de déclassifier.

Toutefois, il n'a rendu publics que les documents qui lui conviennent et qui alimentent de nouveau la rumeur d'un complot ourdi par le gouvernement cubain, alors qu'au même moment, Donald Trump s'affaire à défaire un par un les accords de coopération avec Cuba qu'avait établis le gouvernement précédent de Barack Obama et qu'il s'apprête à transformer l'ambassade américaine à La Havane en coquille vide.

Pour bien comprendre ce qui s'est passé en novembre 1963, il faut se situer dans le contexte de l'époque. La crise des missiles, qui avait plongé le monde entier sur le bord d'une catastrophe nucléaire, avait été réglée mais le « problème cubain » demeurait entier, à moins de deux cents kilomètres des côtes américaines. La CIA et tous les autres organisations terroristes affairées à faire tomber le gouvernement de Cuba étaient demeurés sur leur faim. Surtout que l'invasion ratée de la baie des Cochons, en 1961, avait laissé un goût amer.

JFK préférait désormais ne pas impliquer directement son gouvernement dans les actions contrerévolutionnaires et il avait délégué ces activités subversives à des organisations paravents comme Alfa 66 ou d'autres chargées de renforcer le blocus commercial et maritime contre Cuba ou de fomenter des complots pour assassiner Fidel Castro. Une autre façon de mener la guerre froide en douce.

Parallèlement, JFK avait chargé l'avocat américain James Donavan d'entreprendre des conversations avec certains membres du gouvernement cubain pour tenter de trouver une solution plus pacifique. Les ambassadeurs des deux pays établirent même un plan de match à l'ONU pour convenir de rencontres de haut niveau. Le 10 juin 1963, JFK prononça un important discours à l'Université de Washington où il définissait ses grandes orientations : un paix véritable, « pas seulement pour les Américains mais pour toutes les femmes et tous les hommes de la Terre ». Il avait été échaudé par le possible déclenchement d'une guerre nucléaire et il voulait éviter toute répétition d'un tel scénario. Il exhortait chaque étudiant de cette université à se demander ce qu'il pouvait faire pour en arriver à une paix durable aujourd'hui et demain.

Un tel message de paix ne faisait pas l'affaire des faucons, il va sans dire. Le 29 avril 1963, Lee Harvey Oswald en scène, alors qu'il arrive à la Nouvelle-Orléans, pour se joindre à des groupes anticubains manipulés par la CIA. Cet ex-marine avait déjà travaillé pour la CIA pendant deux ans en URSS. À son retour, il s'était installé à Dallas où il maintenait des contacts réguliers avec le FBI. Soudainement, le mois suivant, en mai, il change complètement d'orientation politique et il met sur pied un groupe en faveur de Cuba. Il fait beaucoup de tapage pour se faire remarquer et finalement il déclare publiquement qu'il est communiste et pro-Cuba.

Le 7 septembre, il participe à une réunion secrète dans un bureau de l'édifice Southland de Dallas avec un agent de la CIA, David Phillips. Cela est documenté. On y organise vraisemblablement la prochaine rencontre d'Oswald avec un fonctionnaire de l'ambassade cubaine à Mexico. Ce qu'Oswald fait le 27 septembre. Là encore, Oswald cherche à se faire remarquer à tel point qu'il se fait expulser du consulat cubain lorsqu'il y revient le lendemain. Tout cela est documenté dans les moindres détails.

Cette visite au consulat cubain au Mexique est capitale pour comprendre la suite des choses. En fait, Oswald cherchait le moyen de se rendre à Cuba quelques semaines avant l'assassinat de Kennedy pour ensuite faire accréditer la thèse que le gouvernement cubain était le commanditaire du magnicide qui allait se produire. Oswald ignorait que la CIA allait le liquider après le crime. On allait tout simplement l'utiliser après coup pour accuser Cuba, en raison de la visite présumée de l'assassin à Cuba quelques semaines avant son crime. Il ne se rendra jamais à Cuba, mais uniquement à l'ambassade de ce pays au Mexique.

Accuser Cuba comme on a tenté de le faire aussitôt après le crime et ce que Trump tente de nouveau de laisser planer est tout à fait grotesque, comme si on pouvait berner la population encore une fois. Un tel assassinat exigeait des moyens énormes, une excellente collaboration entre différents corps policiers et services secrets et une capacité à effacer rapidement toutes les traces. Ce qu'un petit pays comme Cuba, aux prises avec un terrible blocus économique et de nombreuses tentatives d'assassinat de son président, n'avait pas.

Ces renseignements de première main ne seront jamais révélés au public, malheureusement.



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