Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

Agence QMI

L'exemple catalan

L'exemple catalan

AFP

Qui n'a pas serré les poings en voyant les scènes d'horreur à Barcelone dimanche dernier? On y voyait des policiers lourdement protégés, équipés et armés de matraque, certains ayant des fusils lanceurs des balles en caoutchouc, frapper sans vergogne tous ceux qui, devant des écoles transformées en bureau de scrutin, opposaient une résistance pacifique et passive, les mains en l'air pour donner plus de force symbolique à leur geste citoyen.

Ces 10 000 brutes sans compassion, qu'on a fait venir en autobus et en bateau, frappaient n'importe quelle partie du corps, donnaient des coups de pied à des personnes étendues par terre, sans distinction d'âge, de sexe, tiraient les femmes par les cheveux, lançaient à bout de bras des personnes sans défense, sans arme, sans casque, sans boucliers, sans épaulettes et coude de protection et qui ne se débattaient même pas. Ces barbares, dont plusieurs masqués répondaient aux ordres du gouvernement de droite espagnol, qui niait ainsi le droit à la liberté d'expression et à l'autodétermination. Honte!

Ces images, qui ont circulé abondamment sur les réseaux dits sociaux et dans les médias, ont frappé notre imaginaire. Des telles scènes de violence n'ont pas leur équivalent ici. On est plutôt habitué à voir des casseurs masqués s'en prendre à du mobilier urbain, à briser des vitrines, à défier la police. On est plutôt habitué à voir les manifestants riposter à la violence policière, en lançant des projectiles et en se défendant avec les moyens du bord. Les dernières scènes de violence comparables remontent à 2012 en plein Printemps érable. La Sûreté du Québec avait durement réprimé une manifestation étudiante à Victoriaville, avec matraque, gaz lacrymogène, balles en caoutchouc, au cours de laquelle le jeune Maxence Valade avait perdu un oeil.

Mais de résistance passive comme celle que nous avons vu à Barcelone et dans de nombreuses autres villes de la Catalogne, non, nous n'y sommes pas habitués. Pourtant, même si le combat semble inégal, même si les victimes ont été nombreuses (il y a eu près de mille blessés soignés sans parler de tous les autres qui ont reçu des coups et qui se sont faits soigner par des gens de leur entourage), ces images de résistance passive frappent, sont gagnantes, et attirent leur capital de sympathie à coup sûr. Les actes disgracieux et honteux ont tous été commis par la police espagnole. Et au lendemain de ce jour sombre, les nationalistes catalans avaient gagné et le référendum et la bataille de l'opinion publique.

Un autre aspect intéressant de ce combat est la présence de deux forces policières sensées se compléter en temps normal. Du côté espagnol : la Garde civile et la police nationale. Du côté catalan : les Mossos d'Esquadra (les jeunes hommes d'escadron). Ces derniers dépendent du pouvoir régional mais ils avaient été placés sous la tutelle du gouvernement central pour la journée du vote. En théorie, ils devaient empêcher l'ouverture des bureaux de vote mais en réalité, ils n'ont fait que dresser, ici et là, des procès-verbaux contre certains « responsables » des bureaux de vote temporaires. En pratique, on les a vus, en certains endroits en compagnie de pompiers, protéger la population contre la police nationale, formant un mur de protection que les policiers espagnols n'ont pas osé franchir. C'est comme si la Sûreté du Québec prenaient partie pour les indépendantistes québécois et les protégeaient contre la Gendarmerie royale du Canada dépêchée dans les rues du Québec pour empêcher la tenue du prochain référendum.

Un scénario improbable vous croyez? Peut-être pas si on assistait à une alliance de toutes les forces indépendantistes. Le pouvoir fédéral tremblerait sur son socle et réagirait peut-être à la façon de Madrid. Ce que je ne souhaite pas (tout en souhaitant l'union des forces).

Mais voilà, avec la fusion de QS et d'ON, l'avenir du mouvement indépendantiste s'annonce à la fois radieux et inquiétant.

Radieux parce que s'il faut en croire la nouvelle direction de QS, l'option indépendantiste ne sera plus reléguée au second plan. Le QS nouveau deviendra un vrai parti indépendantiste, qui favorisera très certainement l'émergence d'un NPD québécois, lequel grugera les forces de gauche non indépendantistes de QS. Doit-on y croire? Est-ce par pure stratégie électoraliste, afin de gruger un peu plus l'électorat du PQ?

Inquiétant parce que si on veut se débarrasser des libéraux dans un an et ne pas se retrouver avec l'alter ego du PLQ, la morne CAQ, il faudra nécessairement en arriver à des alliances entre le PQ et QS. Sinon, c'est peine perdue.



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