Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

Agence QMI

Qui suis-je?

Qui suis-je?

AFP

J'habite, semble-t-il, un « territoire autochtone non cédé ». Je suis un « blanc racisé » appartenant à un peuple soupçonné de racisme systémique auquel on s'apprête à faire un procès.

J'ai déjà dit, à la blague mais pas tant que ça finalement, que j'étais prêt à retourner d'où je venais il y a environ 320 ans, c'est-à-dire dans la France normande, si on m'offrait de bonnes conditions de refaire ma vie décemment. Décemment, dis-je bien, car je ne demande pas la mer à boire. J'imagine que je ne suis pas le seul à penser la même chose. J'aime mon pays québécois, je lutte depuis plus de cinquante ans pour son indépendance nationale, mais si je dois m'y sentir comme un usurpateur, un colonisateur, un voleur de territoire, j'aime mieux partir d'où je viens, avant qu'on m'y oblige, ce qui peut bien arriver au train où vont les choses.

Si mes ancêtres sont venus ici en terre d'Amérique, ce n'était sûrement pas pour s'emparer de l'or des Incas ou des Aztèques, on savait déjà à la fin du XVIIe siècle qu'il n'y avait pas ici de telles richesses convoitées par les rois d'Europe, mais seulement de l'espace à défricher pour se sauver de la misère qui sévissait en France et des peaux d'animaux sauvages pour se vêtir et pour échanger. Pas de champs de coton mais des forêts à perte de vue avec des arbres à abattre pour le bois des bateaux et des maisons.

Mes ancêtres qui sont venus ici, bravant les flots et les dangers de toutes sortes, étaient de belles âmes, ni cupides, ni mesquines. D'origine humble et modeste, ils connaissaient le sens du mot partage depuis leur naissance. Ils ont accepté le contrat de départ de s'installer ici parce qu'ils n'avaient pas le choix. C'était ça ou mourir de faim. Mais on peut les imaginer un peu intrépides sur les bords, courageux très certainement, peut-être même vantards et fins causeurs. Mais conquérants, très peu. De la misère et des mouches noires, il y en avait pour tout le monde. La majorité d'entre eux étaient ici pour y rester, pour prendre racines.

Sortis de leur habitat naturel, mes ancêtres ont changé nécessairement. Ils avaient perdus leurs repères habituels. Sans devenir acculturés, nécessité faisant loi, ils ont troqué certaines coutumes pour d'autres, au contact de leurs frères amérindiens avec qui ils partageaient ces vastes territoires. Cela vaut aussi pour les autochtones, qui au contact des Européens ont changé leurs us et coutumes. Pour le mieux, on suppose.

Tout le monde a sa petite histoire à raconter à propos du respect qu'on doit à la terre qui nous accueille. Les Blancs comme les Amérindiens ne sont pas à l'abri de critiques. Combien d'histoires n'ai-je pas entendues à propos de tels groupes amérindiens qui chassaient à l'aide de fusils semi-automatiques et jetaient leurs mégots de cigarettes comme leurs cannettes de bière par terre dans la forêt? Combien d'histoires à propos de Blancs jetant leurs débris, leurs ordures et même leur carrosserie d'auto dans nos rivières?

Je sais, il n'en a pas toujours été ainsi. Ça nous a pris quelques siècles pour apprendre à respecter la nature. Il n'est jamais trop tard pour bien faire, disait ma mère.

Tout ça pour dire que j'attends le procès qu'on fera bientôt subir à mon peuple aussi fébrilement que le résultat du référendum en Catalogne. Serais-je bientôt Catalan?



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