Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

Agence QMI

Gerry quelque chose

Gerry quelque chose

Des opposants du président Nicolas Maduro, photographiés à Caracas le 31 juillet dernier. AFP PHOTO / RONALDO SCHEMIDT

Petit, ma mère m'avait appris cette chanson: «Laide comme qu'a l'a, avec le nez comme qu'a lée, qu'a rise donc d'elle avant qu'a rise des autres.»

Vous avez vu comment ils se sont empressés de dire qu'ils ne reconnaissaient pas les résultats du vote lors des élections pour l'Assemblée constituante au Venezuela? Mais plus crasse encore, ils avaient dit, avant même que le vote ne débute, qu'ils ne reconnaissaient pas la légitimité du scrutin. Ils sont les rois et maîtres de la démocratie, les Américains. Ce sont eux qui fixent les règles du jeu, aussi bien en Libye ou en Pologne, qu'en Amérique latine, leur arrière-cour. Ils aiment tellement fixer les règles du jeu, ils aiment tellement arranger les élections à leurs manières, qu'ils ont inventé un drôle de jeu pour eux-mêmes : le « gerrymandering ».

Vous vous demandez ce que ça mange en hiver, le gerry quelque chose? Pas bien bien compliqué. C'est une vieille pratique que les gardiens de la démocratie ont inventée il y a très longtemps, au tout début de la république. Ça consiste à découper une circonscription électorale pour pouvoir conserver l'avantage des votes. Oui oui, on redécoupe la carte électorale à notre avantage pour bien s'assurer qu'on va gagner nos élections lors du prochain scrutin. On peut aussi redécouper les circonscriptions en fonction de facteurs raciaux. Ainsi les Républicains ne se gênent pas pour regrouper les électeurs afro-américains dans de petits districts sans importance, sachant que ceux-ci ne votent pas majoritairement pour eux.

C'est un peu ce qu'on avait voulu faire avec la circonscription électorale de Manon Massé! Mais ici, ça n'a pas passé. Là-bas, oui, et n'allez pas croire que c'est une patente des Républicains, non, le bon et brave Parti démocrate joue lui aussi à ce jeu de vilains. Et après ça, ils viennent nous donner des leçons de démocratie.

Alors qu'à peine la moitié des Américains ont voté aux dernières élections présidentielles, voilà qu'on dénonce le fait que « seulement » 41,53% des personnes aptes à voter l'ont fait lors des élections pour élire les 537 membres de l'Assemblée nationale constituante au Venezuela. Ce qu'il faut savoir, c'est que ces quelque huit millions et un peu plus d'électeurs l'ont fait dans un climat de guerre civile, en risquant bien souvent leur vie, alors que l'opposition occupe la rue depuis des mois, terrorise la population, utilise des armes létales, tue impunément des membres des forces armées, des policiers et des supporters de Nicolas Maduro, qu'on diabolise comme on l'a fait pour Kadhafi, pour Bachar el-Assad, pour Saddam Hussein, pour Fidel Castro, pour Hugo Chavez, pour Salvador Allende et tant d'autres.

Au cours des derniers mois, plus de 5000 commerces et 51 autobus ont été incendiés, une vingtaine de personnes ont été brûlées vives, un hôpital maternel a été attaqué, des milliers de tonnes d'aliments ont été détruits, des édifices publics saccagés, etc. À côté de ces « opposants », nos Black Bloc sont des anges gardiens. Moi, j'appelle ça « la révolte des riches », qui prétendent remplacer le gouvernement Maduro. Le même plan qu'on avait suivi pour renverser avec succès le gouvernement Allende, au Chili, en 1973.

Alors que la première puissance militaire au monde joue, à guichets fermés, un mauvais vaudeville depuis des mois, ce même gouvernement oublie de nettoyer ses écuries et multiplie plutôt les condamnations et les punitions à qui mieux mieux. Outre le blocus économique et commercial qui prévaut depuis plus de 50 ans contre Cuba, Washington impose des sanctions à un nombre incroyable de nations, dont la Russie, le Venezuela, la Corée du Nord, l'Iran, plusieurs pays de Moyen-Orient et d'Afrique, et à de nombreuses compagnies qui font affaires avec ces pays, y compris des entreprises chinoises. Alors qu'on croit que le blocus contre Cuba s'est adouci depuis la visite d'Obama, pas plus tard que le 28 juin dernier, quatre compagnies américaines ou étrangères ont été condamnées à de lourdes amendes pour avoir soi-disant violé les dispositions du blocus contre Cuba.

Sans doute y a-t-il quelqu'un à Washington dans l'entourage très volatile de Donald Trump, qui s'évertue actuellement à redécouper la carte électorale de la Floride pour y inclure l'île de Cuba. Le gerrymandering appliqué à la doctrine Monroe : on aura tout vu.



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