Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

Agence QMI

Les vacances (suite)

Les vacances (suite)

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Mes meilleurs souvenirs de vacances sont ceux du temps où je fréquentais le collège, tenu par les Jésuites. Comme si ce n'était pas suffisant de se retrouver entre étudiants sept jours par semaine durant l'année scolaire, au beau milieu de l'été, vers la mi-juillet, je partais avec d'autres étudiants du collège, sans mes parents, le coeur gros, pendant trois semaines dans un camp de style scout, près de Saint-Michel-des-Saints, en plein bois, sur le bord d'un lac, pas très loin d'une rivière Noire.

On nous avait divisés en patrouilles de sept ou huit et nous dormions sous de grandes tentes de toile plutôt imperméables, sauf si l'un d'entre nous, pour faire le drôle, s'avisait de toucher à la tente pendant une forte pluie. Alors s'ensuivait une infiltration d'eau difficile à maîtriser. Il n'y avait pas d'électricité, sauf dans une grande baraque en bois qui nous servait parfois de point de rassemblement.

Nous étions entourés d'animaux sauvages, harcelés par des colonies de moustiques que nous combattions à coup de citronnelle, qui imprégnerait nos vêtements pendant des semaines. La nuit, nous montions la garde à tour de rôle, pendant trois ou quatre heures, autour d'un feu de camp qui devait servir à éloigner les loups qu'on entendait hurler au loin. Certains en profitaient pour nous raconter des histoires à nous faire dresser les cheveux sur la tête, quoique nous les eussions déjà pas mal dressés, les cheveux, car le port de la « brosse » était obligatoire. Il était question d'ours pris dans un piège près du campement. Pour se libérer, il avait grugé sa patte et il venait rôder tous les soirs autour de notre campement afin de trouver la meilleure occasion de se venger. Aussi de loups-garous et de feux follets, qui se tapissaient dans la forêt tout autour et qui rêvaient de venir nous secouer pendant notre sommeil. À cette époque, les lucioles étaient nombreuses et elles alimentaient notre imaginaire plutôt fertile.

Au petit matin, vers six heures, c'était le cri du cor qui nous réveillait et il fallait sauter dans notre maillot de bain encore humide pour la saucette dans le lac. Obligation de s'y jeter pour se laver des sueurs et autres « impuretés » dont les jésuites avaient le secret. Le réveil était brutal. Je ne saurais dire si on y célébrait la messe tous les jours. Sûrement les dimanches. Mon anticléricalisme, qui m'est rapidement venu par la suite, a sans doute contribué à effacer de ma mémoire de grands pans de ces histoires trop souffrantes de religion.

Nous nous habillions avec un uniforme réglementaire, fait de culottes courtes, d'une chemise ou d'un chandail et d'un petit foulard porté autour du cou. Il y avait ensuite le déjeuner puis la corvée du nettoyage. Nos sacs de couchage et nos effets personnels devaient être bien rangés sous la tente. Pour nos besoins personnels, il y avait quelques bécosses assez rudimentaires, disséminées ici et là, en périphérie, dont je vous épargne les détails.

Venait ensuite le rassemblement autour de la levée du drapeau (lequel ? Je ne m'en souviens plus). La période des jeux de groupe pouvait commencer. Ceux qui avaient été choisis pour la corvée du repas - qui nous affectait à tour de rôle - commençaient à éplucher des tonnes de pommes de terre et autres légumes.

Une fois par semaine, nous partions en excursion pendant deux ou trois jours. Avec notre « packsac » sur les épaules, qui contenait des vêtements de rechange et une petite tente légère, en cas de pluie, une gamelle, une gourde, des boîtes de conserve pour notre alimentation, des allumettes et du chasse-moustiques, nous marchions pendant des heures dans la forêt, escaladant quelques montagnes, empruntant des sentiers plus ou moins balisés, enjambant des cours d'eau, sous la direction de notre chef de patrouille, qui, carte et boussole en main, tentait de nous mener à bon port. C'était la plus rude des épreuves. Pendant deux nuits, nous dormions à la belle étoile, les moustiques avaient pris congé pendant quelques heures, relayés par les loups qui hurlaient. Toujours, le feu devait être alimenté pendant toute la nuit pour notre protection. Je me souviens d'un ciel étoilé, d'étoiles filantes et d'aurores boréales.

Ces épreuves devaient servir à forger notre caractère, disaient les jésuites. Peut-être avaient-ils raison. Mais je sais, à tout le moins, que nous revenions à la maison la tête remplies d'histoires à raconter. Et nous avions découvert le sens du mot solidarité. Car il fallait en toute occasion venir en aide à ceux qui en avaient besoin.

À cette époque, nous ne savions pas encore que nous voulions changer le monde, mais le monde était en train de changer en profondeur.



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