Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

Agence QMI

Le mythe de la jeunesse salvatrice

Le mythe de la jeunesse salvatrice

Gabriel Nadeau-DuboisPhoto BEN PELOSSE

Depuis l'élection de Gabriel Nadeau-Dubois et de Manon Massé comme co-porte-paroles de Québec solidaire, on assiste à un discours radicalisé de la part de cette formation politique. On se vante, on se gonfle la poitrine, on crie déjà victoire. On célèbre même l'arrivée de QS au pouvoir lors des prochaines élections. Ou on rêve à tout le moins d'obtenir la balance du pouvoir. On ne doute de rien.

Les médias ne sont pas étrangers à cette poussée de croissance de la petite formation politique dont les positions sur la langue, la laïcité, l'immigration et l'identité avoisinent celles du Part libéral corrompu. Dès que l'occasion se présente, les médias, presque à l'unisson, participent à ce concert de l'illusion, où l'on vante la jeunesse de ce parti, une jeunesse de façade je dirais, avec Gabriel Nadeau-Dubois à l'avant-plan, mais on n'est pas à une contradiction près. Quand on regarde ceux qui tirent les ficelles, la conclusion saute aux yeux. Ce sont ceux de la génération à laquelle j'appartiens, celle des baby-boomers, qui brassent toujours et encore les cartes, ici et ailleurs.

Il faut voir Roger Rashi sur la vidéo qu'il a mise en ligne, refaire à sa façon l'histoire des trente ou quarante dernières années du militantisme au Québec, en banalisant grossièrement, entre autres, le refus de son organisation, le PCO, d'appuyer le camp du OUI lors du premier référendum. Il ne fallait surtout pas diviser la classe ouvrière canadienne! Et pourquoi pas, tant qu'à être dans l'utopie bébête, un mot d'ordre du genre: «Travailleurs de toute l'Amérique, unissons-nous!» Roger Rashi n'est pas une jeunesse (à moins qu'il connaisse le secret de la jouvence éternelle) et pourtant il est un des conseillers influents à QS. Que faisait-il aux côtés du «jeune» Gabriel Nadeau-Dubois lors des élections partielles dans Gouin?

J'entendais l'autre jour un débat au sujet de la nouvelle exposition du Musée des Beaux-Arts de Montréal, intitulée Révolution. Je n'ai pas encore eu l'occasion de la voir. La commentatrice se disait un peu choquée, fatiguée de voir qu'on fait encore la part belle aux baby boomers à propos du rôle qu'ils ont joué dans tout ce processus de brassage d'idées au niveau aussi bien culturel que politique. Comme si les militants de ma génération l'avaient eu facile!

Loin de moi vouloir jouer les victimes, mais j'en connais plusieurs autour de moi qui y ont laissé des morceaux d'eux-mêmes, qui en sont sortis éclopés du corps et de l'âme, pour avoir rêvé non pas de carrière ou d'un poste prestigieux bien rémunéré, mais plutôt de changer le monde, d'avoir un pays à l'image de nos idéaux de social-démocratie et de justice sociale. Chaque avancée, chaque conquête a été obtenue à coup de luttes, de grèves, de combats dans la rue, sur les lieux de travail, dans les écoles, dans les médias, y compris à l'intérieur des familles qui en sortaient profondément déchirées. Les coups, les balles, l'emprisonnement, l'exil, la marginalisation, l'insécurité étaient souvent notre lot. C'était un passage obligé mais cela se faisait souvent dans la joie et dans la foi que nos idées étaient justes. Nous étions des héros sans le savoir, peut-être malgré nous, même. Le danger était toujours là, bien présent, mais la peur ne nous arrêtait pas. Nous nous disions que cela valait la peine de prendre de tels risques tellement la situation nous semblait intolérable. Nous n'étions pas des mercenaires mais des combattants de la liberté. Je me souviens de ces paroles du Che que nous faisions nôtres: «Qu'importe où nous surprendra la mort ; qu'elle soit la bienvenue pourvu que notre cri de guerre soit entendu, qu'une main se tende pour empoigner nos armes...»

Alors je trouve qu'on ne remerciera jamais assez tous ces militants de mon âge qui ont osé, risqué et posé les jalons pour que les nouvelles générations continuent le combat pour changer le monde, aux cotés de ceux qui les ont précédées. À moi et aux autres, on ne nous a jamais donné ou offert de «ponts d'or».

Comme dirait John Lennon, «je ne suis pas le seul à rêver», et vous n'êtes pas les seuls à rêver...



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