Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

Canoë

La diffamation

La diffamation

Dalila AwadaPhoto d'archives

Diffamation : «Un concept juridique désignant le fait de tenir des propos portant atteinte à l’honneur d’une personne physique ou morale.»

Souvenez-vous. En 1993, un homme d’affaire de Montréal, Richard Lafferty, avait comparé Lucien Bouchard et Jacques Parizeau à Adolf Hitler. Au terme de longs démêlés en cour, cet homme d’affaire et son entreprise avaient été condamnés à payer aux deux hommes politiques plus de 100 000$ pour diffamation. En 2003, l’ex-maire de Dorval et membre du comité exécutif dans l’administration Tremblay, Peter Yeomans, avait accusé le gouvernement du Parti québécois de racisme. Il avait été forcé de s’excuser (du bout des lèvres). Plus récemment, la professeur Louise Mailloux a, elle aussi, entrepris une poursuite pour dommages et pertes de revenus contre cette militante de QS qui l’avait traînée dans la boue. La même qui vient d’accuser le Parti québécois de renfermer en lui cette bête du racisme.

De tels exemples de diffamation et d’accusation non fondées de racisme pullulent. De la part des «Rhodésiens» canadiens, on ne s’en étonne guère. Mais venant des entrailles d’un parti politique officiel, représenté à l’Assemblée nationale du Québec, qui se targe de nobles principes altruistes, ces propos racistes visant nommément le Parti québécois et ses militants sont inacceptables. Je parle de la déclaration odieuse faite par Dalila Awada, lors du congrès de Québec solidaire, durant la fin de semaine dernière. Des propos tellement déshonorants, qui s’apparentent à de l‘incitation à la haine, et même à la fatwa, tellement graves qu’on a de la difficulté à les retrouver sur le web. Sur le site de Radio-Canada, par exemple, le reportage, signé avec La Presse canadienne, ne mentionne pas cet appel à la haine. De madame Awada, on ne rapporte que des propos angéliques et inoffensifs: l’alliance stratégique avec le PQ serait «une loterie risquée», rien de plus. Appelle-t-on cela de l’autocensure?

D’être associé à un parti raciste, moi, ça m’affecte terriblement et je demande à la direction du PQ qu’elle réagisse et exige immédiatement des excuses, aussi bien de la part de celle qui a lancé cet anathème, que Québec solidaire qui a permis la diffusion d’un tel appel à la haine. Et si on refuse, que le PQ entame des procédures légales.

Si je me promène dans la rue, je ne veux pas qu’on me pointe du doigt comme étant un raciste. Je ne veux pas qu’on m’apostrophe en me traitant de raciste. Je ne veux pas que mes enfants me demandent si c’est vrai que je suis un raciste. C’est ce que je ressens actuellement: la peur. Et c’est horrible. J’ai peur à mon intégrité physique et à celle de mes enfants. À quand un carré jaune dans le dos pour les membres du PQ?

Si Jean-François Lisée et le Parti québécois n’exigent pas que Dalila Awada et Québec solidaire s’excusent et retirent leurs propos litigieux, c’est admettre qu’ils ont raison. Le PQ a accueilli dans ses rangs de nombreux militants issus de l’immigration, comme Djemila Benhabib, Nadia el-Mabrouk, Rachid Bandou, Maka Kotto, pour ne nommer que ceux-là. Il fut le premier à faire élire un immigrant haïtien, Jean Alfred. Le Parti québécois n’a jamais été et n’est pas raciste. Il faut que de telles accusations de racisme cessent rapidement et pour cela, il faut réagir énergiquement et montrer à ces diffamateurs qu’ils s’aventurent sur un terrain miné et qu’il y a des conséquences à lancer des accusations sans fondement qui relèvent de la diffamation pure et simple.

Dans les années 1980, lors de la campagne électorale à la mairie de Montréal, j’avais publié un livre de Jean Doré qui se présentait à la mairie contre Claude Dupras, le successeur de Jean Drapeau. Ce dernier, le maire sortant, m’avait sali lors d’une entrevue diffusée par Radio-Canada en disant plus ou moins ceci: Vous savez, l’éditeur de Jean Doré, c’est Jacques Lanctôt, un ex-membre du FLQ qui a fait de la prison. Vous, est-ce vous conféreriez les clés de votre maison à une femme de ménage qui a fait de la prison? Il me comparait à quelqu’un en qui on ne pouvait plus avoir confiance et niait mon droit à la réhabilitation. J’ai poursuivi et Drapeau et le diffuseur, Radio-Canada, et au terme de plusieurs années, j’ai eu gain de cause, ils ont tous deux été condamnés pour diffamation, ils ont dû me verser une compensation financière et publier une rétractation dans les journaux.

Cessons de tendre l’autre joue, de se fermer les yeux et de se boucher les oreilles. Nous sommes des milliers à réclamer que cessent ces accusations ignobles.



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