Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

Canoë

Le pire est désormais à craindre

Le pire est désormais à craindre

Donald TrumpPhoto AFP

Que penser du bombardement américain, à coup de missiles Tomahawks, sur une base militaire en Syrie, en représailles à une attaque au gaz sarin attribuée, sans preuve, au gouvernement syrien? Vous ne trouvez pas étrange qu’on lance de puissants engins explosifs sur la base d’où serait partie l’attaque et où on est censé y entreposer des armes chimiques, avec tous les risques que cela suppose? Par la même occasion, on détruit des preuves, si elles existent, de cette attaque. C’est grave. Où est la logique?

Il convient de se demander toujours à qui profite le crime. Qu’avait à gagner le gouvernement syrien en lançant une telle attaque hautement condamnable, alors qu’il est sur le point de gagner la guerre? Rien. On a beau examiner ce crime sous tous ses angles, seul des désespérés peuvent se livrer à une telle opération odieuse. Les rebelles et les autres groupes armés d’opposition n’ont plus rien à perdre et ils avaient déjà mené par le passé des attaques au gaz létal.

Depuis son élection, le président Trump était sur la défensive face à un Congrès qui avait rejeté son projet de mettre fin à l’Obamacare et ses mesures prises contre l’immigration en provenance de pays musulmans. Sa cote de popularité avait baissé dramatiquement. Plus rien ne semblait fonctionner et ses hauts fonctionnaires multipliaient gaffes sur gaffes. Ses valses-hésitations avec la Russie et la Chine n’aidaient pas et contribuaient au flou diplomatique. Et que dire de sa prestation lamentable avec madame Merkel lors de sa visite à la Maison Blanche?

Quoi de mieux qu’une bonne guerre ou un peu d’esbroufe, cette esbroufe dû-t-elle causer des pertes en vies humaines, pour redorer un blason malmené et reconquérir une popularité auprès d’une population qui ne demande pas mieux que de renouveler son appartenance à cette Great Society.

Le clan d’Hilary Clinton n’en demandait pas tant et il a aussitôt applaudi celui qui, hier, était considéré comme un dangereux psychopathe et qui, du coup, se transforme en valeureux patriote.

Avec la bombe de 9,8 tonnes, la plus puissante des bombes, si on excepte la bombe atomique, qu’il vient de lancer en Afghanistan, près de la frontière du Pakistan, on peut s’attendre à une escalade. Combien de civils innocents ont été tués et blessés? Impossible pour le moment de la savoir, même plusieurs heures après la déflagration. Quel sera le prochain geste spectaculaire? Une bombe sur la Corée du Nord qui menace de se défendre avec l’arme atomique? Une invasion du Venezuela, qui possède un des plus grands gisements pétroliers au monde? Comment réagira la Russie, dont les frontières occidentales sont dans la mire de troupes de l’OTAN?

Trump a soudain perdu son look de politicien original qui «pense en dehors de la boîte». Il est rentré dans le rang et a suivi la voie tracée par ses prédécesseurs, Bush père, Bush fils, Clinton et Obama, en inventant un prétexte pour tuer et réaffirmer que les États-Unis sont la plus grande puissance militaire au monde. Remettre à l’ordre du jour la loi du plus fort, comme si on avait pu l’oublier. «Make America great again», mais ce sera sur la scène internationale avant tout, lui qui se vantait il y a peu de ne pas vouloir jouer au gendarme international, de ne pas vouloir attaquer la Syrie et d’être davantage préoccupé par l’économie de son pays en voulant remettre au travail des millions de chômeurs américains.

Chose certaine, comme le dit l’essayiste Hervé Kempf, «tout est prêt pour que tout empire».



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