Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

Canoë

Métier: prophète de malheur

Métier: prophète de malheur

Plusieurs journalistes et chroniqueurs de «La Presse» et de Radio-Canada prédisent la fin du Parti québécois et de l'option souverainiste. Photo Archives / Agence QMI

Ces jours-ci, ils sont nombreux, parmi les journalistes et chroniqueurs de La Presse et de Radio-Canada, à colporter toutes sortes de nouvelles sans importance qui grossissent au fur et à mesure de leurs caquètements et autres gazouillis, et, surtout, à prédire joyeusement la fin du Parti québécois et de l'option souverainiste. Tous ces annonceurs d'apocalypses et de catastrophes appréhendées sont très bien rémunérés pour répandre la «bonne nouvelle», tels des prédicateurs en soutane d'une autre époque. Du haut de leur chaire installée sur toutes les tribunes, armés d'un goupillon de pacotille, ils brandissent à bout de bras une vérité qui a été concoctée dans les sacristies du gouvernement et ses officines privées.

Sous leurs dehors débonnaires, ils se prennent tous très au sérieux, ces curés sermonneurs. Ils me font penser à Madame Minou et ses prédictions. Elle annoncerait la fin du monde que nos «lanceurs d'alerte» nouveau genre se frotteraient les mains de satisfaction, pour rappeler qu'ils l'avaient prédit en premier. Comme s'il ne s'agissait pas là de leur propre fin à eux aussi. Vous y comprenez quelque chose, vous? Si je vous annonce, avec forces statistiques et sondages à l'appui, que votre pays est en danger, que votre culture est menacée, qu'il ne vous reste plus pour très longtemps à vivre sur ce coin du globe, qu'allez-vous faire? Tenter de vous ressaisir, de redresser la barque, de repousser l'ennemi, bref de vous prendre en main avec tous ceux qui sont dans le même bateau? C'est une question de survie, non? Mais ces marchands de mauvais augure s'en font un métier, eux, de prédire la fin du monde. Là où le bât blesse, c'est qu'ils ne se sentent pas concernés, comme si le péril en la demeure ne les concernait pas. Sur quelle planète vivent-ils, je me le demande. Ils sont tellement haut perchés, ces oiseaux de malheur, qu'ils se croient à l'abri du tsunami qui va tous nous emporter si le mouvement souverainiste disparaît, comme ils se plaisent à le prédire.

En fait, on peut penser que la fin du monde leur convient tout à fait, à ces néo-croque-mort. Ils vont pouvoir, malgré tout, continuer à patauger dans le bourbier multiculturel qu'ils auront contribué à créer, avec leurs commentaires «au-dessus de la mêlée» et leurs accusations de fermeture aux autres, de xénophobie et d'exclusion raciste, leur survie étant assurée et garantie pour loyaux services envers le maître fédéraliste. Qu'ils le fassent dans une autre langue ou dans une langue française devenue petit à petit folklorique, peu leur chaut. L'empire Desmarais et l'empire radio-canadien sont assurés d'avoir un rôle à jouer au sein du magma canadien. Celui de perpétuer la confusion des genres, d'entretenir le mythe d'«une nation un pays», celui de ghettoïser le Québec jusqu'à ce qu'il brandisse le drapeau blanc, comme s'apprête à le faire le gouvernement Couillard.

À les écouter, nous devrions avoir honte d'exister en tant que nation distincte, comme si cela supposait l'exclusion des immigrants, nous devrions avoir honte d'exiger le français comme langue de travail et de communication, comme si nous étions chauvins et que nous nous pensions supérieurs, nous devrions avoir honte de parler de valeurs québécoises, de laïcité et d'égalité des sexes et des droits, comme si nous encouragions l'islamophobie et la fermeture des frontières, nous devrions avoir honte de mettre de l'avant un projet de société audacieux, social-démocrate, progressiste et humaniste, comme si ces nobles valeurs ne pouvaient pas figurer dans le programme politique du seul parti capable de réaliser l'indépendance du Québec.

Ces fomenteurs de bisbille sont les premiers à nous ridiculiser insidieusement en nous taxant de racistes qui prônent un soi-disant «retour à nos racines». Mais détrompez-vous, ceux qui annoncent notre mort prochaine. Nous sommes bien vivants et prêts à reprendre ce pays qu'on nous a enlevé par la force et la tromperie. Notre combat, qui n'a rien à voir avec les générations, en est un pour la dignité. Et la dignité n'est jamais «passée date».

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