Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

Canoë

L'honneur perdu de la gauche du Plateau

L'honneur perdu de la gauche du Plateau

Les porte-parole de Québec solidaire: Françoise David et Andrés Fontecilla. Photo Archives / Agence QMI

La situation du mouvement indépendantiste me fait penser à celle du fumeur placé devant un choix crucial pour son avenir. Ou il continue de fumer parce qu'il aime ça, parce qu'il ne peut pas faire autrement, parce qu'il en va de sa liberté de choisir, parce qu'il n'a que faire de ceux qui l'avertissent des mille dangers qui le guettent s'il continue de fumer, parce qu'il déteste ceux qui font du zèle à son égard et parce qu'il faut bien mourir de quelque chose un jour ou l'autre, d'un cancer ou de l'Alzheimer, par exemple. Ce choix n'est pas sans risque et le fumeur invétéré en est parfaitement conscient. Mais les non-fumeurs, dit-il, n'ont pas le monopole de la santé.

Ou il arrête dès aujourd'hui de fumer, quitte à devenir un peu désagréable pour son entourage en raison de possibles sautes d'humeur, quitte à prendre un peu d'embonpoint, quitte à trouver son café du matin moins savoureux, quitte à perdre des amis fumeurs comme lui, quitte à passer pour intransigeant et intolérant, etc. Quitte à ne plus pouvoir tolérer désormais ceux qui fument. Tout en sachant que son bilan de santé s'améliorera avec le temps...

Le militant indépendantiste de gauche ou progressiste d'aujourd'hui est placé devant un tel dilemme. Ou il continue à voter selon ses principes, selon sa conscience et ses valeurs progressistes de gauche, c'est-à-dire pour Québec solidaire ou Option nationale, tout sauf le Parti québécois jugé trop à droite, trop favorable au projet d'une charte des valeurs ou de la laïcité, trop peu inclusif, trop peu social-démocrate, pas assez contre l'austérité, pas assez contre l'exploitation pétrolière et les projets polluants, pas assez contre les paradis fiscaux, pas assez contre le grand capital, pas assez pour les syndicats, etc.

La preuve? Les militants péquistes, disent-ils, ont élu un millionnaire à la tête de leur parti, un homme de toute évidence «de droite», qui possède même des entreprises de presse dont il ne veut pas vraiment se départir. D'ailleurs, le PQ n'a pas le monopole de l'idée d'indépendance et il a même démontré par le passé qu'il n'est pas prêt à enclencher un vrai processus d'accession à l'indépendance, préférant attendre les conditions gagnantes. Tandis qu'ON, lui, est prêt, comme l'a affirmé son président sans peur Sol Zanetti, qui veut prendre le «risque» de faire le pays. Tandis que QS, lui, est prêt, comme il l'a affirmé récemment par la bouche de son président, Andrés Fontecilla, qui a dénoncé du même coup le «flou artistique» du PQ.

Ce choix du «pur et dur» n'est pas sans conséquence, bien sûr. Et quelles sont donc ces conséquences? Il y a d'abord l'assurance de la division du vote souverainiste et progressiste, qui va permettre ad nauseam l'élection d'un gouvernement libéral. Nous ne pourrons jamais élire un gouvernement qui va défendre nos intérêts spécifiques par rapport à ceux du Canada et nous devrons nous en remettre toujours au programme libéral, petit frère du Parti libéral du Canada. Qu'on pense seulement au projet de pipeline et aux insultes qui fusent du ROC à propos de ces huit millions de BS québécois. Qu'on pense à la langue française qui perd de plus en plus du terrain à Montréal surtout, mais aussi dans le reste du Québec, où il devient de moins en moins nécessaire de maîtriser le français pour décrocher un emploi. Ce n'est pas un gouvernement libéral qui va défendre et protéger la loi 101 contre les empiètements de l'anglais, la langue la plus parlée en Amérique du Nord. Qu'on pense à l'exode des sièges sociaux, comme cela vient de se produire encore cette semaine. Business as usual pour le Parti libéral. Même la nouvelle ministre Anglade a dit que c'est bon pour le Québec. Qu'on pense à notre fleuve Saint-Laurent, sur lequel transitent tant de marchandises mais que nous ne contrôlerons jamais parce que sous juridiction fédérale. Qu'on pense à la politique extérieure du Canada qui est loin de respecter nos valeurs propres.

Mais, au moins, diront ces purs et durs d'une gauche déconnectée de la réalité, nous avons réussi à empêcher l'élection d'un gouvernement péquiste-qui-se-prétend-social-démocrate-mais-qui-est-en-réalité-de-droite. L'honneur est sauf!

L'autre option, c'est de regrouper toutes les forces progressistes sous la bannière du Parti québécois. Sont progressistes tous ceux qui veulent un pays pour le Québec. Point final. Il en va de la santé du mouvement indépendantiste. Dans dix ou vingt ans, il sera trop tard. Mais ça, Québec solidaire ne veut pas le voir. Comme le disait le Che dans sa lettre à la Tricontinentale: «C'est l'heure de modérer nos divergences et de tout mettre au service de la lutte».

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