Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

Canoë

Lettre à un réfugié syrien

Le Québec accueille ses premiers réfugiés syriens

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Tu t'apprêtes peut-être à arriver au Québec, un pays que tu n'as pas nécessairement choisi et que d'autres ont choisi à ta place. Pour toi, le Québec est sans doute un concept vague, voire inexistant, car jusqu'à maintenant on t'a toujours parlé du Canada, un vaste territoire au nord des États-Unis, cet empire qui tente de faire oublier qu'il est en grande partie responsable de ta situation critique et de la destruction de nombreux pays dans cette région du Moyen-Orient.

Difficile de ne pas te parler de politique alors que tu t'apprêtes à fouler le sol d'un pays qui n'en est pas encore un et qui lutte, à sa façon, pour sa reconnaissance et sa survie, sa culture et sa langue depuis plus de deux cent cinquante ans, un combat dont on ne te dira rien dans les documents officiels qu'on te remettra à ton arrivée à l'aéroport. D'ailleurs, le seul nom de cet aéroport suscite un grave malaise au sein de la population et rappelle de douloureux souvenirs que je t'expliquerai en temps et lieu.

Bien sûr, notre situation n'est en rien comparable à la tienne, nous n'avons pas connu les bombardements, les décapitations, les exécutions sommaires, la vie sous des tentes, la dispersion des familles, bref toutes ces horreurs de la guerre que les médias veulent bien nous faire voir et entendre. Mais je te dirai qu'il y a plusieurs niveaux de destruction, et que le nôtre est certainement plus subtile, moins évident, mais nous avons, nous aussi, notre lot d'horreur et de misère que tu découvriras petit à petit.

Lorsque tu arriveras chez nous, le gouvernement te trouvera un toit et te remettra des vêtements chauds pour affronter notre climat rigoureux. Tu pourras manger à ta faim, le temps que tu puisses te débrouiller seul. Tu auras droit à certains services gratuits comme les soins de santé. Tu constateras que les femmes sont égales aux hommes, qu'elles marchent à leurs côtés et non pas en arrière, et qu'elles ne se voilent pas le visage. Ici, toute forme de discrimination est interdite, y compris à l'égard des homosexuels, et cela est reconnu par des lois bien précises. Il faudra t'adapter à nos us et coutumes, à notre idiosyncrasie, et tu accepteras de le faire car nous sommes une société moins contraignante et qu'il règne, malgré tout, une évidente joie de vivre. Tu pourras continuer à pratiquer ta religion, personne ne te l'interdira, et il existe divers lieux de culte pour le faire. Au Québec, comme dans certains autres pays, la liberté de culte est reconnue tout comme la séparation des pouvoirs civils et religieux. Tes enfants l'apprendront très rapidement lorsqu'ils fréquenteront nos écoles.

Des professeurs généreux de leur temps s'empresseront de t'apprendre le français, la langue qui est parlée ici. Bien sûr, tu dois déjà baragouiner l'anglais, cette langue qui domine un peu partout et qui est aussi le symbole de l'impérialisme culturel, mais tu prendras sûrement plaisir découvrir les subtilités de notre parlure, c'est la meilleure façon de t'intégrer. Cela te sera nécessaire pour te trouver un travail ou pour poursuivre des études. Tes enfants seront les premiers à l'apprendre, car, cela est prouvé, ils sont de véritables éponges. D'ailleurs, mon fils, qui est mi-cubain mi québécois, est arrivé ici à l'âge de cinq ans et en trois mois, il a appris à parler français en fréquentant la garderie puis une classe d'immersion. Tu pourras ainsi mieux t'intégrer et partager nos espoirs et nos luttes. C'est ce que nous souhaitons en t'ouvrant ainsi nos bras, afin d'abattre rapidement les barrières de la langue et des traditions.

(À suivre).

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