Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

Agence QMI

Cuba, éternellement

Cuba, éternellement

La Havane.Photo Fotolia

Revenir à Cuba comporte toujours sa part de risques. Dans mon cas, c'est celui de la nostalgie. Je sais, Cuba a changé, mais pour moi, c'est toujours ce petit pays agressé que j'ai connu au début des années soixante-dix et qui m'a tant appris de la réalité latino-américaine et de la résistance face à un ennemi mille fois supérieur.

J'y suis revenu pour une petite semaine, sans ma femme cubaine qui m'a laissé tomber après onze ans de vie commune. J'y avais une maison, mais je n'en ai plus, j'y avais une voiture, mais je ne l'ai plus. Ça me fait tout drôle de déambuler fin seul dans ces rues et ces quartiers de La Havane qui me rappellent tant de souvenirs heureux et je dois dire que les premières fois, j'en ai pleuré un coup.

On a beaucoup parlé de Cuba au cours des derniers mois. Dans leur bilan de fin d'année, les journalistes n'ont pas manqué de souligner le dégel des relations diplomatiques entre l'île cubaine et le puissant voisin du nord, les États-Unis. Mais qu'en est-il dans la réalité, après un an de ce soi-disant rapprochement?

Le blocus qui a étranglé ce petit pays des Caraïbes depuis plus de 50 ans et qui a été condamné encore tout récemment par 191 pays membres des Nations Unies, est toujours en vigueur. Les laboratoires de recherche médicale, les hôpitaux, les écoles souffrent encore des mesures draconiennes imposées par les États-Unis. Un seul exemple récent parmi tant d'autres: Cuba ne peut plus se procurer l'équipement nécessaire pour assurer les traitements en oncologie, comme l'Iridium-192, parce que l'entreprise brésilienne qui lui fournissait ce produit en est désormais empêchée par le Département du trésor des États-Unis, et cela malgré l'ouverture des deux ambassades. Des milliers de patients souffrant d'un cancer n'ont pu recevoir le traitement approprié. Ces «dommages collatéraux» sont incalculables.

Les bateaux qui accostent à Cuba pour décharger leurs marchandises sont toujours frappés d'une quarantaine qui les empêche d'accoster dans un port américain pendant 180 jours. D'ailleurs, le président Obama a prolongé jusqu'au 14 septembre 2016 la Loi du commerce avec l'ennemi, l'ennemi étant Cuba et il est le seul à figurer dans cette catégorie, alors que le président étasunien avait le pouvoir d'annuler cette mesure.

Le secteur monétaire est toujours aussi durement touché puisque toute banque ou entreprise qui fait affaire avec Cuba est susceptible d'être condamnée à de lourdes amendes. Cette menace empêche le déroulement normal de relations commerciales entre Cuba et le reste du monde.

Cuba compte plus de 150 hôpitaux, 400 polycliniques, 11 000 bureaux de consultation médicale et 140 maternités disséminées à travers tout le pays, y compris dans les endroits les plus reculés. Son industrie pharmaceutique, malgré le blocus, fabrique près de 1100 produits, dont certains possèdent des brevets internationaux. Plus de 50 000 médecins sont en poste pour soigner la population et en particulier les enfants qui, grâce aux grandes campagnes de vaccination, sont protégés contre 13 maladies graves, contrairement à ce qui se passe dans les pays voisins ou ailleurs dans le monde. Quelque 25 000 médecins, dont 65 % sont des femmes, et autant de personnel médical sont présents dans 67 pays, tandis que Cuba a formé gratuitement, depuis des années, près de 27 000 médecins provenant d'une centaine de pays. En éducation, les statistiques sont tout autant éloquentes et l'UNESCO classe Cuba parmi les pays dont la population est la plus scolarisée d'Amérique latine.

Aujourd'hui, 77 % de la population cubaine n'a pas connu autre chose que les effets désastreux du blocus économique. On peut comprendre leur insatisfaction et leur désir d'un meilleur avenir pour leurs enfants. Les «dommages colatéraux» de ce blocus ne peuvent pas être comptabilisés, comme je le disais plus haut. Et il est trop facile d'accuser le gouvernement cubain d'être responsable du blocus américain, comme le font de nombreux commentateurs et soi-disant cubanologues. Le jour où toutes ces mesures d'étranglement cesseront, le jour où les États-Unis cesseront de vouloir imposer leur modèle de gouvernement, on pourra juger l'arbre à ses fruits. Mais pas avant. Pour ma part, je serai toujours éternellement Cuba.

Aussi sur Canoe.ca



Cliquez sur "J'aime" pour ajouter nos articles à votre fil Facebook


Vidéos

Photos