Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

Canoë

Les paroles déconcertantes d'un ministre de l'Éducation

Les paroles déconcertantes d'un ministre de l'Éducation

François Blais, le ministre québécois de l'Éducation. Photo Archives / Agence QMI

Dernière mise à jour: 08-09-2015 | 10h12

Il y a quelques jours, le ministre de l'Éducation a dit déplorer que des parents utilisent leurs enfants pour manifester à leurs côtés, en formant des chaînes humaines pour protester contre les coupures en éducation. «Le rôle que jouent les enfants à certains endroits, ça m'inquiète, a dit le ministre. [...] Les enfants ne devraient pas être mêlés à la politique, surtout lorsqu'ils ne la comprennent pas, dans un contexte où les plus petits vivent parfois de l'anxiété lors de la rentrée à l'école. C'est très difficile pour ceux qui arrivent de comprendre la nature des messages que l'on veut leur livrer.»

Voilà un ministre de l'Éducation bien naïf qui ne veut surtout pas que les enfants, jeunes et moins jeunes, du moins ceux qui fréquentent l'école primaire, se politisent trop rapidement, apprennent qui est ce gouvernement qui effectue des coupes sans bon sens dans tous les secteurs de la vie courante. Comment peut-il dire, ce ministre de l'Éducation, que les enfants ne devraient pas être mêlés à la politique, alors que la politique est partout, à commencer dans les écoles qu'on appauvrit, mais aussi dans les épiceries et les marchés où les parents de ces enfants s'approvisionnent et constatent que les prix grimpent sans bon sens, dans les hôpitaux où les attentes à l'urgence sont sans commune mesure avec ce que nous serions en droit de recevoir dans une économie capitaliste dite avancée, dans les journaux et les médias où sont étalés, jour après jour, le palmarès des scandales de corruption à tous les niveaux du gouvernement, les retours d'ascenseur à vos petits amis, ainsi que vos remises en question quotidiennes de notre modèle social-démocrate de société? Vous voudriez qu'on leur raconte de belles histoires avec des fées et des princesses, avec des grenouilles qui se changent en princes charmants et qui vivent dans une réalité édulcorée, aseptisée, que nos enfants ne connaîtront jamais?

Je ne dis pas qu'à ma fille de cinq ans, qui vient d'entrer en classe de maternelle, je ne lis jamais de telles histoires où la magie et la féérie tiennent lieu de réalité. Ces contes l'enchantent, à tel point qu'elle en redemande, mais j'essaie aussi de lui montrer une autre facette de notre réalité, où les mots justice, lutte à la corruption, solidarité, entraide, existent. Je veux que mes enfants comprennent et sachent, Monsieur le Ministre, qu'il n'y a rien d'acquis, qu'il faut résister et lutter dans l'adversité, qu'il n'y a pas de honte à lever le poing ou une pancarte pour dénoncer les injustices et les mauvaises décisions d'un gouvernement qui ne se préoccupe pas des coûts sociaux qu'entraîne son obsession toute électorale de l'équilibre budgétaire. Qu'il n'y a pas de honte à exiger qu'on parle français au Québec alors que mes enfants subissent de façon sournoise une anglicisation tous azimuts.

Dans quelques années, lorsque sonnera l'appel aux urnes, on sait tous que vous vous vanterez d'avoir soi-disant assaini les finances publiques, en passant sous silence toutes les mauvaises nouvelles que vous nous avez saupoudrées pendant votre trop long mandat, les coupures qui nous ont appauvris socialement et individuellement, et vous multiplierez alors les bonnes nouvelles, les annonces de subventions et d'augmentations budgétaires dans différents ministères. C'est ça qui m'inquiète, Monsieur le ministre. Et c'est pour cela que je veux préparer mes enfants à ne pas se laisser emberlificoter par vos beaux discours, lorsqu'ils voteront à leur tour.

Appelez ça comme vous voudrez, Monsieur le Ministre, du bourrage de crâne, de l'endoctrinement, moi, ce sont vos beaux discours que j'appelle de la vile propagande et du bourrage de crâne pour personnes non politisées. Quand je vous vois visiter une école ou un CPE et serrer des mains, moi j'appelle cela utiliser des enfants à des fins bassement politiques.

Mardi, 1er septembre, j'étais devant l'école avec mes deux enfants, et nous avons fait une chaîne humaine avec des dizaines de parents et d'enfants de l'école et je vous le jure, Monsieur le Ministre, mes enfants et les autres enfants présents n'étaient pas du tout traumatisés, ils se donnaient la main et répétaient, eux aussi, les consignes que leurs professeurs lançaient joyeusement. Et j'y serai encore le 1er octobre prochain avec mes enfants car je ne pense pas que vous aurez changé de politique entre-temps.

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