Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

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Sport extrême

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Mario BeaulieuPhoto Archives / Agence QMI

C'était à prévoir: quand le combattant est par terre et semble agonisant, l'autre adversaire en profite pour essayer de l'achever pour de bon. Tous les coups sont permis. Ça fait partie des lois de la bonne vieille politique, un combat extrême où certains médias sont passés maîtres. C'est ce que s'est empressée de faire La Presse à Desmarais en commandant à la firme CROP un sondage sur la pertinence du Bloc québécois à Ottawa, au moment où le député bloquiste Jean-François Fortin claquait la porte de son parti et s'en prenait à son nouveau chef. Les conditions étaient on ne peut plus gagnantes et les résultats du sondage étaient prévisibles depuis quelques semaines, c'est-à-dire depuis l'élection de Mario Beaulieu à la tête de ce parti indépendantiste. Peu importe ce que coûtait ce sondage, il fallait tenter de porter un coup final au BQ. Et La Presse ne s'en est pas privée en titrant: Le Bloc québécois marginalisé.

Un sondage, pour être efficace, doit avoir un suivi. Radio-Canada s'est empressé de relayer la nouvelle. Il fallait entendre Marie-France Bazzo, le nouveau pitbull du matin à la radio de Radio-Canada, ce jeudi, tenter de tasser dans le coin Mario Beaulieu pour le mettre KO. «Difficile de ne pas penser que votre leadership n'est pas remis en question quand on voit un sondage pareil. Qu'est-ce que vous faites avec ça? Soixante-cinq pourcent des Québécois n'y croient pas. Ça semble se confirmer, là. Est-ce que ça vous inquiète? Les élus du Bloc vous quittent les uns après les autres. Sera-t-il élu? Qu'est-ce qui vous fait croire ça? Cette idée-là qui connaît surtout des bas en ce moment... Avec des arguments comme ça... Lucien Bouchard a dit que le Bloc c'est une one shot. Pourquoi ne pas concentrer vos forces à Québec? Comment espérez-vous aller chercher des députés? Il y a vraiment une désaffection, une lassitude des Québécois. C'est qui les gens que vous ralliez sur le terrain? Quand on regarde votre parti, on a l'impression que ce sont des têtes blanches. Encore faudrait-il qu'ils votent pour le Bloc...»

Rien à voir avec le ton doucereux utilisé dans l'entrevue qui suivait avec le maire de Québec, Régis Labeaume. Aucune question posée à Mario Beaulieu n'était de nature neutre, toutes étaient tendancieuses, négatives, accusatrices. Heureusement, Mario Beaulieu a gardé son calme et a expliqué clairement comment il comptait s'y prendre pour reconquérir le cœur des Québécois indépendantistes. Plus je l'entends, plus il me convainc qu'il est la bonne personne pour entreprendre ce grand dialogue avec tous les indépendantistes.

Au même moment, on met les pleins feux sur Lucien Bouchard. L'ex-premier ministre péquiste a fait l'objet d'un documentaire signé Carl Leblanc, pendant qu'il est interviewé par un journaliste de La Presse, Yves Boisvert. Avec Leblanc et Boisvert aux commandes, on ne peut pas s'attendre à ce que l'un ou l'autre le tasse dans le coin pour le forcer à une profession de foi souverainiste. On connaît depuis plusieurs années les grandes capacités d'éteignoir de Lucien Bouchard, le petit père du déficit zéro. Un autre pour qui l'indépendance du Québec, c'est quelque chose de dépassé, à tel point qu'il se garde bien de tenter de «convertir [ses deux fils] à la souveraineté. Il n'a plus envie de prêcher. Il est passé à autre chose», peut-on lire dans Le Devoir. Comme si le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes était un concept dépassé. Parlant concept, il en a inventé un: l'indépendantisme absolu ou l'absolument indépendantiste: «C'est quelqu'un que je craindrais énormément, que je combattrais». De qui s'agit-il? De Mario Beaulieu? D'un caribou? De vous et moi?

D'après ce qu'en rapportent les journalistes qui ont couvert la nouvelle du documentaire qui sera présenté lundi à Télé-Québec, pas un mot sur l'«Affaire Michaud», pas l'ombre d'une excuse pendant ces 22 heures d'entrevue. Jamais, semble-t-il, cet orgueilleux avocat avouera s'être trompé. Pourtant, la page est loin d'être tournée pour le principal intéressé, Yves Michaud, qui attend depuis bientôt quatorze ans que l'Assemblée nationale lui présente ses excuses pour cette motion de blâme infâme.

Gageons que Lucien Bouchard sera bientôt interviewé par Marie-France Bazzo, qui aura troqué ses habits de pitbull pour ceux d'un petit mouton tout ronronnant. Je sais, les moutons, ça ne ronronne pas.



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