Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

Canoë

Quitter le Canada

Quitter le Canada

Le premier ministre du Canada, Stephen Harper. Photo Archives / Agence QMI

Je l'avoue : depuis la dernière année, moi aussi j'ai pensé quitter le Canada tous les jours. Mais, dans les faits, ça fait bien plus longtemps. Depuis une bonne cinquantaine d'années, je dirais, sans honte d'avouer mon âge, l'âge de mon engagement envers le Québec.

C'est à la fois émotif et rationnel, comme disait quelqu'un, cette semaine, à la radio de Radio-Canada, à propos des anglophones qui veulent quitter le Québec. A-t-on oublié qu'en 1995, lors du dernier référendum volé, c'était 49,42% de l'ensemble des Québécois qui avaient voulu quitter le Canada, mais sans doute près de 55% des francophones qui avaient manifesté majoritairement leur désir de dire bye bye au Canada. Si on me reproche de diviser le vote entre francophones et anglophones, je répondrai que le sondage EKOS de cette semaine fait la même chose.

Entre vous et moi, il y en a des tas de raisons pour vouloir sortir du Canada. Premièrement, le gouvernement de Stephen Harper me fait honte. Ses politiques ultraconservatrices me heurtent de plein fouet, entre autres en matière de relations internationales où il s'aligne sur les va-t'en-guerre américains et appuie inconditionnellement le gouvernement d'Israël qui continue à faire fi du droit international et des résolutions de l'ONU. Les budgets de la coopération internationale ont baissé dramatiquement et l'ACDI est devenue une succursale du ministère des Affaires étrangères dont le but n'est plus de soulager la pauvreté, si tant est qu'il l'a déjà été, mais de « réduire les menaces à la sécurité canadienne et internationale ».

Son refus d'entamer un dialogue avec le Québec sur les questions de l'assurance-emploi, du registre des armes à feu, des peines d'emprisonnement imposées aux mineurs, du péage sur le futur pont Champlain, du financement accordé à Terre-Neuve pour un projet hydro-électrique au Labrador, un territoire qui nous appartient historiquement et qu'il faudra bien récupérer un jour, de la future charte de la laïcité, de la formation de la main-d'œuvre, de la création d'une commission pancanadienne des valeurs mobilières, bref tous ces « niet! » d'Ottawa sont autant de raisons de sortir du carcan fédéral.

Et puis il y a ce Justin Trudeau qui me fait honte terriblement. Pas seulement pour les inepties qu'il débite constamment, mais pour son incapacité à s'exprimer clairement et correctement en français. Pour lui, le nationalisme canadien est signe d'ouverture d'esprit tandis que le nôtre est raciste et honteux. Son multiculturalisme canadien ne sert qu'à mieux noyer la reconnaissance de la nation québécoise et à faire des francophones une minorité parmi d'autres.

Et puis il y a Thomas Mulcair, du NDP/NPD, cet ancien cadre d'Alliance-Québec et ministre libéral, qui ne rate jamais une occasion pour dénigrer le mouvement d'émancipation des Québécois, tout en se drapant d'un voile social-démocrate censé nous empêcher de voir que son jupon dépasse, le jupon du fédéralisme pur et dur qui nie l'identité québécoise et nos droits collectifs.

Et puis il y a tous ces dédoublements de pouvoirs et d'administrations. Il faut y mettre fin au plus vite, car c'est coûteux et ça nous fait perdre un temps précieux. Vous imaginez? Plus d'élections fédérales, plus de référendums sur la souveraineté, plus d'impôts à payer au fédéral, plus d'armée, plus de sénateurs ni députés fédéraux, une seule taxe d'achat et de service, un seul Conseil des arts et des lettres, une seule radio et télévision publiques, un seul palier de décision, un seul drapeau, une seule fête nationale, un vrai service postal, une banque centrale qui agit en fonction de nos intérêts, une équipe sportive distincte aux Olympiques, le plein contrôle de notre immigration et de nos politiques de coopération internationale, des ambassades et non plus des délégations de second niveau, le contrôle de nos ponts, de nos quais, de notre fleuve et de nos ports et, surtout, de notre développement économique. Et un beau grand musée du fédéralisme canadien mort et enterré, avec entrée gratuite.

Et puis qu'on arrête de penser que tout cela va se faire sans larmes et sans cris. Si on veut la souveraineté, il va falloir y mettre le prix. On ne s'en va pas à une fête d'anniversaire. Il y aura des gagnants et des perdants. Nous voulons être des gagnants et l'indépendance du Québec ne pourra faire plaisir à tout le monde. L'unanimité, ça n'existe pas lorsqu'il s'agit de prendre des mesures radicales comme quitter le Canada.


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