Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

Le roi des bécosses

Chronique

Gilles Cloutier a admis avoir menti au sujet de la propriété de Pointe-au-Pic.  Photo Archives


Jacques Lanctôt

Quel spectacle désolant à la commission Charbonneau, cette semaine. On y a vu le roi des bécosses dans toute sa splendeur. Tel un coq de bassecour juché sur ses ergots pour paraître plus grand qu'il l'est en réalité, il a avoué, pour la première fois tout penaud, avoir menti au sujet de la propriété de Pointe-au-Pic. Une simple question d'orgueil, a-t-il dit. Ça faisait plus «big» de jouer le maître des céans devant ces entrepreneurs et politiciens véreux à qui il louait à gros prix «sa» maison.

On se demande comment ce misérable a pu réussir à passer entre les mailles du filet de la Commission Gomery. Car il a participé, lui aussi, au scandale des commandites. Il a avoué, sans honte aucune, avoir placé des panneaux du NON un peu partout sur la rive nord de Montréal en les finançant avec de l'argent sale dont on ne connaît pas vraiment la provenance, de l'argent non comptabilisé par le directeur général des élections, celui-là même qui poursuit Yves Michaud parce que pendant la dernière campagne électorale, Michaud se serait payé une petite pub dans Le Devoir dénonçant les députés qui ne se sont pas encore excusés d'avoir voté une motion scélérate à l'Assemblée nationale. Jacques Parizeau avait raison, s'il y en a encore pour en douter : On nous a volé le référendum à cause de l'argent sale.

Imaginez un seul instant que notre combat pour avoir un vrai pays québécois, un combat des plus nobles, s'est sans aucun doute joué dans tous ces petits détails mesquins, ces fraudes crapuleuses, ces actes illégaux et secrets commis par une armée de boss des bécosses qui se vantent d'avoir fait manger dans leurs mains tous les politiciens du Québec, en confondant délibérément ceux qui militent sincèrement pour une cause et les autres qui ne veulent que s'en mettre pleins les poches.

Moi, j'ai toujours cotisé au Parti québécois, en versant, année après année, mon petit dix ou vingt dollars, comme des milliers d'autres militants l'ont fait, et ce n'était pas pour recevoir, en retour, de juteux contrats. Non, mon retour d'ascenseur à moi, c'était d'avoir, avant de mourir, un pays qui s'appelle Québec, un pays que nous léguerions à nos enfants avec fierté. Mais ça, les boss de bécosses sont incapables de l'imaginer. Pour eux, le monde est peuplé d'êtres veules semblables à eux. Pour eux tout est achetable, tout est monnayable, tout est question de prix. Pour eux, les élections n'ont pas de secret, les élections, c'est tout sauf l'expression de la volonté populaire. Ils sont capables de faire pencher le vote du bon bord, celui des plus forts, des plus riches, du côté de ceux qui ne veulent rien changer et qui ne veulent surtout pas voir le Québec devenir un pays à part entière. «Des gros organisateurs d'élections comme moi et Marc-Yvan Côté, il y en a peut-être dix ou douze au Québec», se vante notre boss des bécosses.

Lorsqu'ils l'ont pris la main dans le sac, cet Elvis Gratton pathétique - imaginez, il était vice-président chez Roche, une firme de génie-conseil, lui qui ne connaît rien à l'ingénierie - a perdu soudainement toute sa superbe. Ses lèvres tremblaient, il était pris d'une soudaine perte de mémoire et d'une surdité ridicule, il demandait qu'on répète la question, qu'on lui présente de nouveau le document incriminant qu'il avait peine à lire. Le King de l'esbroufe avait perdu son assurance. Que ce soit 20 000$ ou 30 000$, que ce soit en 2002 ou en 2001, que ce soit pour tel projet ou pour tel autre, il ne se souvenait plus, de toute façon il sait qu'il a livré la marchandise. Mais pour rouler dans un char de luxe, faire des transactions immobilières douteuses, empiler des cents mille dollars qu'il répartit ensuite dans différents comptes bancaires, comme pour brouiller les pistes et ne pas éveiller de soupçons, pour ça, il sait toujours comment s'y prendre.

Au pays du roi des bécosses, il n'y a que les militants sincères qui sont inutiles et qui représentent des obstacles à sa carrière.

C'est décidé. Comme je me cherche un job, je vais de ce pas porter mon c.-v. chez Roche.


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