Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

La Commission de l'espoir

Chronique - La Commission de l'espoir

Des affrontements ont eu lieu entre certains manifestants et des agents de la Sûreté du Québec à Victoriaville, lors du congrès du PLQ en mai 2012.Photo Agence QMI /Archives


Jacques Lanctôt

Vous savez quoi? Sur le coup, j'ai crié de joie en apprenant que le gouvernement mettait sur pied une commission d'examen des événements du printemps 2012. J'ai pensé: ça y est, le gouvernement péquiste nous a écoutés et il veut que justice soit faite, peu importe qu'on les accuse de vouloir se faire du capital politique avec les étudiants.

Lorsque j'ai vu les ténors de l'opposition, Robert Poëti en tête, dénigrer un tel geste, je me suis dit que cette commission frappait dans le mille avant même de commencer ses travaux. Robert Poëti est même allé jusqu'à questionner les compétences de Claudette Charbonneau parce qu'elle a déjà dirigé la puissante centrale syndicale CSN, qui a supporté l'action des étudiants en grève. Si le jupon de Claudette Charbonneau dépasse, on pourrait dire que dans le cas de Poëti, ce n'est pas un jupon mais l'uniforme tout entier qui dépasse, lui qui a été pendant 28 ans policier à la Sûreté du Québec, dont le comportement à Victoriaville a été des plus odieux et dégradant.

Ni madame Charbonneau ni la CSN n'ont du sang sur les mains, mais on ne peut en dire autant de ceux qui ont frappé, matraqué, gazé sans discernement, tiré des balles de plastique et des grenades assourdissantes à bout portant. Et ce ne sont pas des «cas isolés», comme on veut le laisser croire avec la mise à nu des agissements de la policière matricule 728. Les vidéos, les films, les photos de journalistes qu'on ne peut accuser de partisannerie sont assez éloquents, sans parler des témoignages des victimes et de simples témoins qui tendent tous à dénoncer les pratiques dangereuses des divers corps policiers.

Puis mon fils m'a écrit pour me convaincre du contraire: cette commission n'avait pour but que de mieux encadrer, dans un futur proche, le droit de grève des étudiants. Peut-être avait-il raison...

Me sont revenues en mémoire les déclarations d'un membre de ladite commission, l'ex-ministre de la Sécurité publique Serge Ménard. Il s'était félicité du travail de ses policiers lors du Sommet des Amériques à Québec, en avril 2001: «Je vous ai trouvés extraordinaires.» Pourtant, de nombreux témoignages démontreront que les forces de sécurité, tous corps policiers confondus, ont fait usage de moyens de répression excessifs et que l'utilisation à si grande échelle des gaz lacrymogènes a mis en danger la santé d'une partie de la population de Québec.

Que penser finalement de ladite commission? À priori, je suis tenté de me réjouir et de ne pas bouder mon plaisir. Nous irons crier notre dégoût de la violence policière, si on nous en donne le droit. Bien sûr, une vraie commission d'enquête sur les agissements de la police aurait permis d'aller plus loin et d'identifier clairement ceux qui donnent les ordres et ceux qui les exécutent. C'est un premier pas dont on devra se contenter pour l'instant.

Et si on en arrivait à la conclusion qu'il faut absolument encadrer le travail des policiers en créant une commission permanente de surveillance et d'éthique, comme on le fait désormais pour l'octroi de contrats aux ingénieurs et aux entrepreneurs? N'a-t-on pas entendu à la commission Charbonneau que depuis la création de l'Unité permanente anticorruption (UPAC), les cas de collusion et de corruption avaient diminué ou étaient complètement disparus?

Les différentes associations de policiers viennent d'annoncer qu'elles boycotteraient la commission. Tant pis pour eux! Iront-ils manifester dans la rue? La commission peut fonctionner sans les gros bras du système. On n'est pas dans une république de bananes après tout.

La perle de la semaine revient à l'éditorialiste en chef de La Presse, André Pratte. À propos «des milliers de personnes âgées parquées dans les CHSLD, dans des chambres minuscules, croupissant dans une couche souillée» ou à propos «des centaines de Québécois stationnés pendant des heures dans les urgences de nos hôpitaux, sans soins, sans confort, sans intimité», le brave journaliste se demande : «Que pensent les tapeurs de casseroles du sort des malades et des vieux?» Comme si les «étudiants, des jeunes en parfaite santé, faisant partie d'une minorité privilégiée grassement subventionnée par l'État» (dixit Pratte), étaient incapables de solidarité, de compassion, d'empathie! Comme si le sort des malades et «des aînés laissés à eux-mêmes dans les hospices» nous laissaient indifférents! Comme si toutes ces manifestations anticapitalistes n'étaient pas un appel à une plus grande solidarité avec les plus démunis?

Pour Pratte, il y aurait donc de bonnes et de moins bonnes raisons de descendre dans la rue et taper de la casserole. La cause des étudiants ne fait pas partie des bonnes raisons.

C'est quand, monsieur Pratte, la dernière fois où vous êtes descendu dans la rue et avez risqué votre intégrité physique pour appuyer une cause noble?

Quand pourrons-nous lire un éditorial d'André Pratte sur les lourdes pertes subies par les malheureux commerçants du centre-ville lors du lock-out de la LNH qui a duré 113 jours et qui opposait des millionnaires à d'autres millionnaires?


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