Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

Une enquête publique, ça presse!

Chronique de Jacques Lanctôt - Une enquête publique, ça presse!

La dernière manifestation en date, celle du 1er mai, a largement prouvé, si besoin était, que la police a outrepassé son mandat, en arrêtant 447 personnes qui manifestaient dans le calme et qui avaient indiqué préalablement qu’ils voulaient se rendre devant le club privé 357C. Photo Agence QMI / Archives

Il y a quelques jours, la Ligue des droits et libertés, l’Association des juristes progressistes et l’Association pour une solidarité étudiante (ASSÉ) rendaient public leur rapport sur la plus longue grève étudiante du Québec et sur la crise sociale qui en a découlé. Un bilan accablant qui y va de sept recommandations, dont « l’interdiction immédiate de l’usage de balles de plastique, des grenades assourdissantes et autres armes à létalité réduite comme technique de contrôle de foule ».

Du 16 février au 3 septembre 2012, pendant la grève étudiante, la police a procédé à 3509 arrestations, individuelles, préventives et de masse, dont 471 menant à des accusations criminelles diverses, a rédigé 2433 constats d’infraction liés à des règlements municipaux et au code de la sécurité routière, avec tout ce que cela signifie et entraîne : fouilles, saisies de matériel, vérifications d’identité, détentions de plusieurs heures, blessures physiques (ecchymoses, entorses, fractures diverses, traumatismes, pertes d’un œil ou d’une oreille, etc.), blessures psychologiques, pertes de confiance en la police et en l’administration de la justice, etc.

Les témoignages abondent, qui font état de violations flagrantes des droits, de blessures graves avec séquelles, de discriminations et de profilages politiques, d’abus de pouvoir, qu’il s’agisse d’étudiants arborant le carré rouge, de professeurs appuyant la grève étudiante, de mères en colère ou de simples passants se trouvant au mauvais endroit au mauvais moment.

« En réaction à diverses scènes de brutalité policière, près du quart des personnes ont mentionné dans leurs témoignages avoir ressenti de la colère, de la rage et de la nausée. Près de la moitié des 200 témoins ajoutent avoir été secoués, surpris et troublés par les événements. L’incompréhension et l’impuissance sont également manifestes face à des agissements jugés scandaleux et démesurés par rapport aux agissements des manifestants. Plusieurs personnes se sont dites outrées et scandalisées par le refus des forces policières d’aider une personne blessée. […] Des infirmières, un pompier et des secouristes ont constaté que certaines interventions policières comportaient d’importants risques d’aggravation de l’état des blessés. »

Au même moment ou presque, le député Daniel Breton publiait sur Facebook une vidéo pour faire le point, dit-il, sur les manifestations. Il commence par faire étalage de ses états de service : « Je suis l’élu qui a organisé le plus de marches et de mobilisations de tous ceux et celles qui siègent actuellement à l’Assemblée nationale… » Pourquoi ce besoin de faire étalage de son passé glorieux? Méfiance. Un peu plus loin, il renvoie dos à dos les manifestants et les policiers, mettant sur le même pied d’égalité les manifestants aux mains nues et les policiers puissamment armés et entraînés. « Je considère que toute violence d’où qu’elle vienne est inexcusable et condamnable. […] Je considère qu’il y a eu des abus aussi bien de la part de certains policiers que de la part de certains manifestants. »

Je pense que sa fréquentation de l’Assemblée nationale depuis quelques mois a fait perdre à Daniel Breton ce contact avec la réalité dont il se revendique pourtant et l’a fait sombrer dans l’angélisme. La dernière manifestation en date, celle du 1er mai, a largement prouvé, si besoin était, que la police a outrepassé son mandat, en arrêtant 447 personnes qui manifestaient dans le calme et qui avaient indiqué préalablement qu’ils voulaient se rendre devant le club privé 357C. Contrairement à ce qu’affirme Breton dans sa vidéo, la police a délibérément cherché la confrontation, comme d’habitude.

J’ai toujours trouvé le film de Michel Brault, Les ordres, très faible par rapport à la réalité. Se retrancher derrière le prétexte des ordres reçues d’en haut, pour justifier l’ignominie, c’est comme justifier le comportement amoral de fonctionnaires véreux qui ne feraient qu’obéir aux ordres de leurs boss, Tremblay, Zampino et tutti quanti. Les policiers qui insultent, matraquent, gazent, tirent des balles et des grenades assourdissantes font plus qu’obéir aux ordres, ils y trouvent leur compte et appliquent les mesures de répression qu’on leur a enseignées.

Qu’attendent la première ministre du Québec Pauline Marois, le ministre de la Sécurité publique Stéphane Bergeron et le ministre de la Métropole Jean-François Lisée pour ordonner sans plus tarder une enquête publique sur les agissements et les abus de la police durant le printemps érable 2012 et même après, comme le réclament la Ligue des droits et liberté, l’Association des juristes progressistes, l’ASSÉ et de nombreuses organisations syndicales?


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