Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

Une balle dans le front ou une fusée dans le derrière?

Chronique

 


Jacques Lanctôt

Il y a quelques jours, le journaliste de La Presse Yves Boisvert, toujours prompt à séparer le bon grain de l'ivraie, y allait d'un article dans lequel il questionnait le jugement de la jeune Jennifer Pawluck qui a diffusé sur Facebook un graffiti où l'on voit le commandant Ian Lafrenière avec un trou de balle dans le front.

«Si ses intentions sont pures, elle a un sérieux problème de jugement», dit-il. Plus loin, il compare le cas de Ian Lafrenière, policier de son état, avec le statut de commandant, armé comme il se doit, avec l'ex-leader étudiant Gabriel Nadeau-Dubois: «Est-il venu à l'idée de Gabriel Nadeau-Dubois, par exemple, que d'avoir son portrait avec une balle dans le front n'est pas nécessairement une expérience sympathique?»

Comment un journaliste expérimenté comme Yves Boisvert peut-il comparer Gabriel Nadeau-Dubois, un étudiant aux mains nues et sans véritable pouvoir, avec un commandant de la police, en l'occurrence Ian Lafrenière, qui a justifié publiquement et sur toutes les tribunes, maintes et maintes fois, toutes les violences commises par ses policiers qui ont blessé gravement, photos, livres et témoignages à l'appui, des centaines de manifestants: tirs de grenades assourdissantes à hauteur d'homme, tirs de balles de plastique à bout portant pour blesser gravement (perte d'un œil, mâchoire cassée, oreille défoncée, etc.), matraquage systématique sur la tête, les bras, les jambes, les côtes, coups de pieds et piétinements, sans parler des violences verbales. À tel point que des associations de juristes et même le barreau du Québec réclament une enquête publique et impartiale sur les agissements de la police depuis la dernière année? Si ses intentions sont pures, Yves Boisvert a un sérieux problème de jugement.

Cela dit, dans le même journal, dans la même section où écrit Yves Boisvert, et plus précisément à la page éditoriale, apparaît une caricature de Serge Chapleau où l'on voit le président de la Corée du Nord, Kim Jong-Un, avec non pas une balle dans le front mais avec une fusée dans le cul, une fusée qui ressort par le devant pour former ce qu'il suggère comme un pénis.

Qu'est-ce qui est plus grave ici, monsieur le journaliste, pour la sécurité de l'un ou de l'autre? Une balle dans le front ou une fusée dans le cul? Je ne veux pas porter de jugement de valeur sur la gouverne du président de la Corée du Nord, car je ne peux certainement pas me fier à ce qu'en disent les mêmes agences de presse qui ont répandu par le passé toutes sortes de mensonges sur l'Irak, comme la possession d'armes de destruction massive, et qui ont conduit au désastre humanitaire que l'on sait avec l'invasion de la première puissance militaire au monde. Mais je pourrais considérer cette caricature comme un appel au meurtre ou une incitation à la violence contre le dirigeant d'un pays assiégé par cette même puissance militaire.

«Dans le débat public comme sur les réseaux sociaux, dites-vous, monsieur le journaliste [et moi j'ajouterais: et aussi dans les journaux comme La Presse], il y a une ligne assez facilement identifiable à ne pas franchir: tout ce qui ressemble à une incitation à la violence.»

Je pense humblement que votre caricaturiste l'a franchie, cette ligne.


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