Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

Mauvaise foi?

Chronique

Jacques Lanctôt  Photo archives / Agence QMI

Je ne sais pas quelle mouche a piqué les journalistes et chroniqueurs politiques. Dès qu'un ministre du gouvernement Marois ou encore d'ex dirigeants péquistes proposent une nouvelle idée ou remettent en question une décision de ce même gouvernement, aussitôt ils montent aux barricades, concluent que le torchon brûle au sein de la famille péquiste, que les tenants de tel projet de loi ont finalement «abdiqué», etc.

Le plus récent exemple, c'est non pas la «sortie» mais la réflexion de Jacques Parizeau qui affirme que «la gratuité scolaire» est réaliste. Aussitôt on conclut au croc-en-jambe, on se demande pourquoi Jacques Parizeau vient encore «embêter le gouvernement Marois» plutôt que de considérer cette intervention comme un apport important au sommet qui va s'ouvrir bientôt. D'autres journalistes n'ont pour toute réponse : bof, c'est facile d'affirmer que ça ne coûte pas cher, la culture également ça ne coûte pas cher et blablabla. Pourtant Jacques Parizeau ne lance pas une idée en l'air, il affirme, chiffres à l'appui, que c'est possible, il parle de notre histoire récente, dans quelles conditions on a créé le réseau des universités du Québec à la fin des années soixante. Il se questionne sur les raisons qui ont emmené le gouvernement libéral à supprimer la taxe sur le capital sur les banques et affirme que si le Québec récupérait ces quelques centaines de millions qui vont directement dans les poches des actionnaires, il pourrait largement financer la gratuité scolaire. Il ne se cache pas que par cette réflexion, il veut tenter, de façon toute légitime, d'influencer les débats qui auront lieu au sommet. Est-ce interdit? Est-ce disgracieux? Pas du tout. Qui dit sommet dit débats, non? Mais bon nombre de journalistes, eux, préfèrent tourner les coins ronds, ils ne daignent pas se pencher sur son analyse. On préfère banaliser cette rencontre à venir en la qualifiant d' « opération de relations publiques ». Bof! disent-ils, encore la même vieille stratégie de prendre aux plus riches pour financer le bien commun. Pourquoi pas? N'est-ce pas Warren Buffett, le multimillionnaire américain, qui déplorait, il n'y a pas si longtemps, ne pas payer assez d'impôt et réclamait qu'on augmente les impôts des plus riches?

Même chose avec le dernier congrès national du PQ. L'aile jeunesse de ce parti propose le gel des droits de scolarité et aussitôt on conclut au pire, quasi à l'éclatement de ce parti avant même que débute le congrès. « Est-ce que ça changera quelque chose? se demande un éditorialiste. J'en doute. » Voilà, il en doute, le ton est donné, alors que les conclusions du congrès prouveront le contraire. Puis, une fois le congrès terminé, il conclut que finalement le gouvernement peut aller de l'avant avec l'indexation, alors qu'il n'en est rien. Coudonc, est-ce de la mauvaise foi? Sans doute ces journalistes et chroniqueurs se sont-ils habitués à la belle unanimité qui prévalait pendant le régime Charest, alors que personne ne remettait en question les lignes directrices du « cheuf ».

Le dernier exemple, c'est la révision à la baisse des coupures dans les budgets de recherche. Ces coupures seront moins sévères, annoncent le ministre Duchesne et les milieux scientifiques s'en réjouissent. Que disent les médias? Le gouvernement de Pauline Marois recule, il improvise, il pratique le chachacha et c'est dangereux.

Préfèrent-ils l'intransigeance du gouvernement Harper qui refuse de modifier son projet de loi sur les coupures dans l'assurance-emploi alors que des milliers de travailleurs saisonniers des pêches, du tourisme et de l'agriculture vont écoper sévèrement?

Préféraient-ils l'intransigeance du gouvernement Charest qui a refusé de modifier sa loi sur la hausse des droits de scolarité et son règlement sur les manifestations, ce qui a provoqué le printemps érable: des manifestations presque tous les soirs pendant près de neuf mois, des centaines de milliers de personnes dans la rue, des milliers d'arrestations, des brutalités policières sans nombre, des retards dans les études, avec un facture finale de 90 millions?

Je ne parle pas des deux partis d'opposition, qui ne font que leur job d'obstruction systématique, mais de journalistes qui doivent normalement faire preuve d'objectivité.


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