Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

Les amitiés (trop) lointaines (suite)

Chronique

Jacques Lanctôt  

Dernière mise à jour: 08-02-2013 | 10h41

À Paris, j'ai aussi revu Ti-Guy, l'homme qui réglait vos problèmes d'intendance en moins de deux et qui s'occupait de cinéma à la Délégation générale du Québec. Aujourd'hui, il n'a pas baissé les bras et il rêve toujours d'une chaîne québécoise qui serait intégrée au grand réseau télévisuel francophone. Qui l'écoutera ?

André, qui a quitté pour un mois ou deux le Burkina Faso, sa nouvelle patrie africaine où il a bâti maison, et Jean-François qui vit à Paris depuis fort longtemps, m'avaient donné rendez-vous au café Sarah Bernhardt, sur la place du Chatelet. Nous nous sommes rappelé nos bons et nos mauvais coups. Tout y a passé, nos amours, nos arrestations, nos exils, nos rêves perdus, le monde, la mort, les fantômes et tout ce qui nous maintient en vie. Puis l'ami Marc, presque mon frère, est venu se joindre à notre conversation, avec son accent chantant du midi. Il avait fait plus de deux heures de train juste pour me voir et me serrer dans ses bras. J'avais les larmes aux yeux. « Les portes de ma maison te sont toujours ouvertes, mon cher Jacques », m'a-t-il répété.

Un peu comme un livre est fait pour être lu, l'amitié est faite pour être consommée aujourd'hui et maintenant, avant qu'il ne soit trop tard. Nous en avons profité jusque tard dans la nuit. Et nous nous sommes rappelé qu' « il faut défendre la joie comme on défend une tranchée » (Benedetti).

Je n'ai pas eu le temps de voir et d'entendre tout ce que Paris offre à celui qui ne fait que marcher dans ses rues et avenues, simplement en ouvrant les yeux et les oreilles. Ici et là dans le métro, des orchestres, avec parfois une dizaine de musiciens et autant d'instruments, nous transportent vers ces ailleurs d'où viennent ces interprètes de la diaspora. Même au cœur des ténèbres, entre ciel et terre, le langage universel de la musique permet de voir des étoiles dans les yeux de ceux qui écoutent et donne vie au chercheur de trésor qui sommeille en chacun de nous.

J'ai refusé de voir l'exposition Dali, au musée de Beaubourg. Je me suis souvenu que Dali avait louangé le vieux dictateur Franco qui agonisait, en 1975, et qui, un peu avant sa mort, avait tout de même fait exécuter, par garrot vil, trois militants basques. Je me souviens toujours et ne pardonne pas, contrairement à ceux qui veulent construire ce pays québécois sans mémoire et sans honorer ses héros.

Puis le moment est venu de repartir vers ces arpents de neige tant décriés par Voltaire. J'avais fait le plein de confidences et de souvenirs racontés par des amants du Québec, celui des années quatre-vingts, alors que la seule passion du délégué général du Québec à Paris réussissait à faire la paix chez les Français de toutes allégeances politiques réunis autour de notre projet de souveraineté. « Vous redonniez un sens à la politique et cela nous inspirait, m'a dit l'une d'elle. Lorsque nous pénétrions dans la délégation, rue Pergolèse, ou dans la demeure de fonction du délégué, avenue du Maréchal Foch, nous laissions nos flingues et nos divergences au vestiaire. »

Mission accomplie. Il ne nous reste plus qu'à réanimer cette flamme mise en veilleuse pour que de l'autre côté de l'Atlantique, on s'active de nouveau en nous ouvrant des sympathies.


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