Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

La révolution de l'information

Chronique

 


Jacques Lanctôt

Je donne suite à ma chronique de la semaine dernière.

Avec la révolution de l'Internet, nous sommes plongés dans un monde mieux informé de ce qui passe partout sur la planète. Des guerres de rapine en Afrique et au Moyen Orient, des massacres de femmes et des tueries liées au commerce de la drogue au Mexique, des tentatives d'asphyxier les peuples qui luttent pour leur libération, comme à Cuba, en Bolivie, en Équateur, au Nicaragua et au Venezuela, des échecs de la coopération internationale en Haïti, des scandales de toutes sortes qui secouent les gouvernements occidentaux, des barbaries des groupes islamistes affiliés à Al- Qaïda, etc.

On peut suivre à la minute près sur nos écrans les grands cataclysmes qui s'abattent dans les régions les plus éloignées comme les invasions barbares en Irak, en Libye ou en Côte-d'Ivoire, les massacres perpétrés par de soi-disant forces de libération en Syrie, tout comme le dernier concert de Madonna en Argentine. Je peux même connaître les salaires et autres prébendes que s'octroient les puissants de ce monde en un seul clic d'ordinateur. Bref, il faut être au courant avant d'opiner.

Mais, bizarrement, cette surabondance d'informations n'empêche pas qu'on continue de répandre faussetés et mensonges dans les médias traditionnels à propos des grands enjeux et conflits actuels, en faisant bien souvent du copié-collé de nouvelles provenant des grandes agences de presse internationales. Certains médias, avec leurs moyens extraordinaires mais je devrais dire en dépit de leurs moyens extraordinaires, constituent de véritables entreprises de désinformation continue.

Comme le dénonçait le journaliste Paul Marchand dans son livre Sympathie pour le diable, que j'avais publié en 1997, nombreux sont les correspondants de guerre qui puisent leurs matières à reportage dans les bars de l'hôtel où ils logent, bien à l'abri des bombes et des combats. On peut comprendre que ces journalistes ne veulent pas nécessairement risquer leur vie et qu'ils ont des enfants et des familles à protéger. Mais comment expliquer que très peu de journalistes, surtout parmi les plus chevronnés, prennent la peine de comprendre et d'analyser une situation complexe avant de publier leurs reportages biaisés. Ce n'est plus la réalité qu'ils nous livrent, c'est leur idée de la réalité, en confondant le fait et le commentaire.

J'en veux pour exemple les nouvelles qui circulent sur Cuba. On annonçait la semaine dernière que «Cuba ouvrait enfin les portes à ceux qui veulent voyager ou quitter le pays», laissant par là entendre que Cuba est une prison. Cuba n'empêche pas ses ressortissants de voyager à l'étranger. Pour voyager à l'extérieur du pays, tous les citoyens doivent demander un passeport puis obtenir un visa d'entrée dans le pays de leur choix. Ce que la nouvelle loi est venue changer, c'est l'abolition de lourdeurs administratives, comme l'obligation de demander une autorisation de sortie, qui dans 99% des cas était accordée mais qui coûtait quelques centaines de dollars, ainsi qu'une lettre d'invitation. Cette procédure a été abolie et il n'y a plus rien - ou presque - qui peut freiner le désir légitime de voyager.

Ce «presque», c'est que la majorité des pays continuent de demander aux Cubains qui veulent voyager un visa d'entrée comprenant une lettre d'invitation de la personne qui se responsabilise de la visite du citoyen cubain, une preuve de solvabilité, une lettre qui explique les motivations du visiteur et qui prouve hors de tout doute que le visiteur va retourner à Cuba au terme de son séjour, etc. Ce n'est donc pas Cuba qui ferme ses portes mais plutôt les autres pays qui exigent bien souvent l'impossible.

Les États-Unis ont été pris de court avec cette nouvelle loi. Eux qui auparavant encourageaient l'immigration illégale avec leur loi des «pieds secs», en octroyant automatiquement la citoyenneté à tout Cubain qui met le pied sur leur territoire, peu importe les moyens qu'il a pris pour le faire (alors qu'on repousse systématiquement les Haïtiens qui le font), questionnent maintenant la pertinence de cette loi des deux poids deux mesures. Les États-Unis songent même à supprimer la citoyenneté américaine à tous les Cubains qui retourneraient dans leur pays d'origine pour visiter leur famille.

Qui sont ceux qui privent les Cubains de leur droit de voyager, je me le demande.


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