Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

Le jeu du revenant

Chronique

 


Jacques Lanctôt

Maintenant que nous savons que le hockey va recommencer, que la commission Charbonneau va reprendre ses travaux et qu'il ne reste plus qu'une dizaine de semaines d'hiver et de froidure, profitons-en pour jouer à un petit jeu: Que dirait un tel ou une telle si cette personne revenait vivre à nos côtés aujourd'hui, en 2013?

Commençons par nos parents. Moi, j'ai été élevé à la dure, si on peut dire. Nous étions neuf enfants et mes parents étaient archi catholiques. Tous les soirs, sept jours par semaine, il fallait se mettre à genoux pour participer en famille au chapelet que récitait, à la radio, le cardinal Léger. Le supplice durait 15 minutes bien comptées. Nous vivions sous la menace de l'enfer et des châtiments corporels et mes nuits étaient peuplées de cauchemars. Même le directeur de l'école primaire, qui s'appelait le principal, pouvait nous donner des coups de «strappe» en cuir sur les mains devant toute la classe si on avait fait un mauvais coup.

Si mes parents revenaient vivre à nos côtés, ils découvriraient des enfants beaucoup plus délurés que nous l'étions, qui savent déjà pitonner sur tout ce qui est «pitonnable»: ordinateur, commande de téléviseur ou de illico, ipod, ipad, livre électronique, appareil photo, cellulaire et téléphone mobile, consoles électroniques, etc. Des enfants qui savent skyper et naviguer sur Google pour y chercher la signification d'un mot, trouver une localisation, l'horaire d'un circuit d'autobus ou lire une critique de livre, de film ou de spectacle. Des enfants débrouillards qui ne vivent plus dans la crainte d'un châtiment divin et qui, grâce à Internet, possèdent une vaste ouverture sur le monde.

Des enfants gâtés? Pas nécessairement. L'école demeurera toujours l'école, et l'apprentissage, même s'il est facilité par toutes sortes de gadgets électroniques, fait toujours appel à l'effort personnel. Mon fils, qui apprend actuellement l'écriture cursive, fait les mêmes gestes que moi à l'époque où je fréquentais l'école primaire. La raquette en plastique ou en polymère a remplacé la raquette en babiche, les noms de famille se sont allongés tandis que les jupes ont raccourci, la «base électrique» a remplacé l'accordéon, il n'en demeure pas moins que la recherche du bonheur demeure la même.

Et si René Lévesque, ou Pierre Bourgault, ou Pierre Falardeau venaient aujourd'hui nous donner une petite tape sur l'épaule, ce serait pour nous dire quoi? Qu'ils sont surpris que nous n'ayons pas encore fait l'indépendance? Que la prochaine fois devra être la bonne, mais qu'il faudra faire le plein de nos forces et nous unir malgré les divergences, comme lors du dernier référendum que nous avons gagné mais qu'on nous a volé? Convergence nationale, Génération nationale, etc. : pendant combien de temps encore allons-nous multiplier les appellations pour diviser les forces?

Et si Michel Chartrand, qui nous a quittés en 2010, était invité en catmini par Yves Michaud, le Robin des banques, dans une assemblée d'actionnaires et de gestionnaires d'entreprises et de banques, il stigmatiserait certainement leurs gloutonneries salariales et dénoncerait les bonus faramineux que ces pdg s'octroient honteusement, au détriment des petits actionnaires. Louis Vachon, directeur des opérations à la Banque nationale, a touché l'an dernier en salaire et en primes 8,4 M$, soit 54 fois plus que ses employés. Chartrand aurait été du printemps érable 2012 et il aurait répété sur toutes les tribunes: «On va se battre avec tous les protestataires, tous les contestataires et tous les révolutionnaires.»

Quant à M. Gutenberg, qui inventa en 1440 la première presse à imprimer et qui bouleversa les manières de lire, d'étudier, de créer le savoir, il trouverait que le monde des communications a connu une autre grande révolution au cours des dernières années. Si auparavant les médias traditionnels façonnaient et même imposaient les manières de penser à ceux qui les lisaient, aujourd'hui, ces récepteurs sont en mesure de devenir des transmetteurs à n'importe quel moment, en créant leur propre média, leur blog, leur site sur Internet, Facebook, Twitter, etc., et en abolissant les distances en une fraction de seconde. Cette dynamique a transformé notre façon de communiquer, d'écrire, de dessiner, de parler. Mais il demeurera toujours la question du contenu, un contenu qui doit désormais tenir compte de cette nouvelle donne : l'information vient de partout.


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