Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

Une sorte de bilan (première partie)

Chronique

Jacques Lanctôt 


Jacques Lanctôt

Chaque fois que des gens me disent que rien n'a changé depuis des lustres, je suis étonné et tente d'expliquer le contraire. Pas facile d'expliquer qu'il faut nuancer notre pensée, sans qu'on m'accuse de chausser des lunettes roses.

Bien sûr, il y a les guerres encore et partout. La Syrie, pour ne parler que de ce conflit meurtrier, est mise à feu et à sang par de soi-disant libérateurs à la solde des puissances occidentales et on y utilise les mêmes scénarios morbides qui ont fait leurs preuves récemment en Irak, en Afghanistan.

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Bien sûr, il y a la violence aveugle, comme le dernier massacre au fusil d'assaut l'a démontré à Newton, aux États-Unis. Le tireur fou a tué 26 personnes innocentes et des milliers de personnes n'ont rien trouvé de mieux à faire que de se ruer, le lendemain, dans les magasins pour acheter encore plus d'armes. «J'ai vendu plus de 100 fusils d'assaut depuis le 1er décembre, date de la tuerie. En fait, j'ai tout vendu», raconte une propriétaire d'armurerie, satisfaite.

Bien sûr, il y a la pauvreté, la faim, les logements insalubres, le chômage, l'exclusion sociale, la grosse misère noire. Parlez-en au docteur Julien, qui aide chaque année plus de 2000 enfants et leurs familles dans le seul quartier Hochelaga-Maisonneuve, aux responsables des banques alimentaires qui ont répondu cette année à plus de 1,8 million de demandes d'aide alimentaire d'urgence, aux organismes internationaux qui livrent un combat quotidien contre la pauvreté («Un enfant angolais, en 2011, a 53 fois plus de risques de mourir avant l'âge d'un an qu'un enfant français»), et tous vous répondront que la situation ne s'améliore guère. Un cinquième de la population mondiale détient 86% de toutes les richesses de la planète.

Bien sûr, il y a la pollution de l'air, de nos rivières, des océans, de la terre et le gouvernement Harper ne s'en préoccupe guère. On a beau déposer tous les jours nos matières recyclables dans les sacs et les bacs prévus à cet effet et les mettre à la rue une fois par semaine, on a beau rouler dans des autos hybrides ou de Communauto et utiliser des électros moins énergivores, on a beau diminuer notre consommation d'eau potable, la situation ne s'améliore guère. Le réchauffement de la planète en est la preuve, tout comme la multiplication des catastrophes naturelles. Seuls les négationnistes qui rejettent les conclusions scientifiques, les tenants du complot mondial et les adeptes du libéralisme économique n'y croient pas.

Bien sûr, il y a encore et toujours l'hiver qui nous en fait voir de toutes les couleurs. A-t-on déjà calculé ce qu'il en coûte à un pays comme le Québec pour affronter l'hiver, le froid et la neige? Nos maisons doivent être construites en fonction du froid, et cela les rend plus coûteuses, sans parler des coûts énormes en chauffage. Notre garde-robe doit être changée lorsqu'arrive l'hiver et nos vêtements sont fabriqués avec des matériaux qui nous isolent du froid, ce qui les rend plus dispendieux. On dépense des millions de dollars pour débarrasser nos rues et nos trottoirs de la neige, sans parler des abrasifs qu'on épand à chaque nouvelle bordée de neige ou de verglas, tandis que nos autos doivent être équipées obligatoirement de pneus d'hiver. Même nos habitudes alimentaires changent et exigent un plus grand apport calorifique, surtout qu'en hiver une grande partie des nos fruits et légumes, ceux dont on ne veut pas se passer, viennent de très loin, ce qui en augmente le prix.

(À suivre)


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