Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

Censure ou discussion?

Chronique - Censure ou discussion?


Jacques Lanctôt

Il y a quelques jours, j'entendais, sur les ondes de la radio de Radio-Canada, des commentateurs se fendre en quatre parce qu'à Cuba, on annonce qu'on va examiner de près le contenu de certaines chansons de reggaeton qui dévalorisent l'image de la femme et qui présentent aux jeunes du pays des modèles masculins un peu trop machistes et vulgaires. Les deux chroniqueurs y allaient de leurs petits commentaires ridicules sur la censure à Cuba et sur la possibilité d'un «soulèvement populaire contre Castro» et contre les possibles mesures de «d'interdiction».

S'il faut suivre la logique de ces commentaires disgracieux, qu'attend le bon peuple québécois pour se soulever devant les nombreuses interdictions qui régissent leur vie quotidienne, en commençant par l'interdiction de fumer un peu partout, d'acheter des armes d'assaut semi-automatiques, de faire l'apologie du viol dans les chansons et autres manifestations culturelles, de manifester dans la rue à moins d'avoir soumis je ne sais plus combien de jours à l'avance l'itinéraire aux autorités policières, de manifester en se masquant le visage, etc.?

J'aimerais bien entendre la Fédération des femmes du Québec se prononcer sur le sujet à la suite du visionnement de certaines vidéos qui ont justement soulevé un problème de valeur et d'éthique à Cuba. Est-ce que nos deux chroniqueurs crieraient à la censure advenant une critique acerbe de ces vidéos par un organisme d'ici?

Comment doit-on prendre le procès qu'on fait actuellement à Rémy Couture, un créateur d'effets spéciaux au cinéma, accusé de corruption de mœurs et de production, possession et distribution de matériel obscène. Je n'ai pas entendu ces chroniqueurs de la radio d'État se tordre de rire devant une accusation aussi ridicule et se garder une petite gêne devant la gestion de la justice de leur propre pays. «L'État n'a pas à définir ce qu'est de l'art ou à empiéter sur son droit à la liberté d'expression», clame l'accusé. Au moins, les auteurs des chansons litigieuses à Cuba n'ont pas été traînés devant les tribunaux et accusés de corruption de mœurs.

Pourtant, il est bien connu que Radio-Canada, la boîte où travaillent justement ces chroniqueurs, exerce à sa façon une certaine forme de censure, s'il faut appeler censure le fait de choisir des films qui ne choquent pas les bonnes mœurs, qui ne font pas l'apologie de la violence, qui respectent certaines valeurs communes.

«Notre relation avec le public canadien, dit le nouveau code de conduite de la SRC, doit être empreinte de respect, de dignité et d'équité, valeurs qui contribuent à un milieu de travail sûr et sain, propice à l'engagement, à l'ouverture et à la transparence.»

Je ne suis pas un bigot, encore moins une oreille prude, et j'avoue que je visionne à l'occasion avec plaisir des vidéos de reggaeton cubains, ce genre musical qui est né dans la rue et qui entre maintenant dans les maisons, où se déhanchent des femmes et des hommes sexys au son d'une musique endiablée. Ma femme cubaine m'y a entraîné et c'est devenu, à la longue, quelque chose de familier. Chaque fois je me dis que la société cubaine est bien différente de la nôtre. Ce qui semble normal là-bas pourrait drôlement choquer ici. On appelle cela l'idiosyncrasie. Des enfants de 5, 6, 7 ans dansent des danses lascives, en imitant les adultes vus à la télé et encouragés par leurs parents, c'est chose courante à Cuba. Ici, on appellerait la DPJ.

Mais il semble bien qu'un débat s'impose à Cuba sur le contenu de certaines productions audiovisuelles où l'on fait l'apologie de la violence sexuelle et encouragent la marchandisation du corps des femmes, comme cela s'est imposé ici ou ailleurs en publicité, par exemple.

Or, tout le monde sait, en premier lieu à Cuba, qu'on ne règle rien si on interdit le reggaeton à la radio ou à la télévision. La solution doit venir d'ailleurs, en en discutant d'abord, comme cela se fait actuellement, et en encourageant les enfants à découvrir d'autres styles musicaux mieux adaptés à leur évolution.


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