Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

La petite politique municipale

Chronique

 


Jacques Lanctôt

Je me souviens, c'était en 1986. Jean Doré, à la tête d'un jeune parti politique municipal, le Rassemblement des citoyens de Montréal (RCM), issu sans aucun doute du défunt FRAP, était élu à la mairie de Montréal.

Moi, j'avais publié, quelques semaines auparavant, un ouvrage un peu austère, Pour Montréal, signé par le futur maire. Il s'agissait ni plus ni moins que du programme politique de son parti. À la suite de la publication de cet ouvrage, Jean Drapeau, qui ne se présentait pas à cette élection et qui avait laissé la place à son dauphin, Claude Dupras, m'avait traîné dans la boue lors d'une entrevue qu'il accordait à la télévision de Radio-Canada. J'avais poursuivi en diffamation et le diffuseur, Radio-Canada, et l'ex-maire de Montréal.

Plusieurs années plus tard, j'avais eu gain de cause et nous en étions arrivés à une entente hors cours. Radio-Canada et Jean Drapeau avaient payé une compensation monétaire dont il est interdit de dévoiler le montant, et une lettre d'excuses, signée Jean Drapeau, avait été publiée dans les journaux.

Dans les semaines qui ont suivi l'élection de Jean Doré, j'ai été assailli d'appels de toutes sortes à mon bureau d'édition, VLB éditeur, que je dirigeais depuis deux ans. Des menaces de mort de la part de citoyens anglophones - rien de bien surprenant - mais aussi des demandes de rencontre afin que je serve d'intermédiaire entre certains entrepreneurs et le nouveau maire de Montréal.

C'est qu'on croyait que j'avais de liens privilégiés avec Jean Doré, étant donné que je l'avais publié et que la poursuite en diffamation avait eu un certain écho médiatique. Mais Jean Doré, je ne le connaissais pas personnellement et si je l'avais publié, c'était sans doute à cause de l'image de ma maison d'édition, nettement à gauche et favorable aux milieux communautaires d'où venait Jean Doré.

Il faut dire que l'élection de cet avocat, ex-attaché de presse du chef du Parti québécois René Lévesque, en 1970, directeur puis président de la Fédération des associations coopératives des caisses d'économie familiale (ACEF) et militant de la Ligue des droits de l'homme, avait de quoi faire peur aux organisateurs traditionnels de la politique municipale. Jean Doré n'était pas membre du sérail des corrompus, il ne fréquentait pas les clubs privés où déjà à l'époque se discutait l'attribution de juteux contrats, et le programme de son parti marquait une nette rupture avec les pratiques en cours à l'Hôtel de ville.

À ceux qui m'approchaient, je leur répondais que je n'avais aucun accès privilégié au nouveau maire de Montréal. Mais j'avoue que j'étais des plus surpris par cette avalanche d'invitations au restaurant. Je n'en revenais tout simplement pas. J'étais sans aucun doute naïf.

D'autres se sont chargés de faire mon éducation. On m'apprit que les Jeux olympiques, qui s'étaient tenus à Montréal dix ans auparavant, en 1976, avaient rapporté énormément à ceux qui dirigeaient alors nos destinées. Si certains élus acceptaient, en guise de cadeaux, des biens de toutes sortes - « Le sous-sol, chez nous, était rempli de porcelaine fine et d'autres cadeaux précieux dont mon père ne savait que faire », me dira l'un d'eux -, d'autres exigeaient d'être payés « cold cash » et s'ouvrirent même des comptes de banque dans des paradis fiscaux pour y déposer l'argent compromettant. On les vit effectuer discrètement des voyages en Suisse...

Je suppose que la police est au courant de cette corruption mais qu'elle préfère garder le silence car ce serait trop compliqué de déterrer tout cela et puis elle n'a reçu aucune plainte. Belle mentalité!

Y a-t-il un journaliste, alors, qui osera fouiller les poubelles de l'histoire récente?


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