Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

Le beurre et l'argent du beurre

Chronique - Le beurre et l'argent du beurre

Jacques Lanctôt

À vrai dire, je ne sais plus que penser de nos attitudes écologistes.


La première ministre Pauline Marois dit vouloir entamer des discussions pour examiner la possibilité que le pipeline transportant le pétrole de l'Alberta passe par le Québec pour y être raffiné, et aussitôt, des protestations se font entendre. Cet accommodement devrait cependant nous rapporter plusieurs millions de dollars, dit-on. On se souvient de la fermeture de la raffinerie Shell, dans l'est de Montréal, en 2010, et de la désolation que cela avait créée.

L'île d'Anticosti recèle, semble-t-il, des réserves pétrolières qui pourraient nous situer dans les ligues majeures des pays producteurs de pétrole. Les estimations de 30 milliards de barils pourraient valoir 3000 milliards de dollars. Bien sûr, il faudra dénoncer l'entente secrète passée, du temps des libéraux, entre Hydro-Québec et la compagnie Pétrolia, mais va-t-on passer notre tour ? Car, là aussi, de nombreux organismes de défense de l'environnement sont montés aux barricades pour dénoncer non pas l'entente secrète, mais la simple exploitation de ces gisements.


Le gouvernement Marois décide de fermer la centrale nucléaire Gentilly 2 de Bécancour, jugeant que l'énergie nucléaire est trop dangereuse et que les coûts de sa réfection sont trop élevés, soit plus de 3 milliards de dollars, et aussitôt, des protestations s'élèvent. D'un côté, on se réjouit timidement de cette fermeture, d'un autre, on la dénonce vertement, avec tout l'appui médiatique nécessaire.


Même chose avec le Plan Nord. Pauline Marois annonce que des changements seront apportés à la politique de redevance et de construction des infrastructures et aussitôt de grands cris s'élèvent du côté des défenseurs de la nature et de l'environnement parce que le gouvernement péquiste n'a pas abandonné l'idée d'exploiter nos abondantes ressources naturelles. Pourtant la ministre des Ressources naturelles Martine Ouellette a été ferme et promet toujours d'augmenter les redevances payées par les minières à l'État, ce qui ne peut que profiter à l'ensemble de la population.


On vante les mérites de l'hydro-électricité, une énergie propre et renouvelable, mais on refuse que de nouveaux barrages soient construits sur des rivières, car cela mettrait en danger les écosystèmes, bouleverserait les environnements naturels, ferait fuir les poissons, etc. Mais si ce n'est pas cette si belle rivière, est-ce que ça peut être une autre ?
On vante les mérites de l'énergie propre produite par les éoliennes, mais on refuse que de nouveaux parcs d'éoliennes soient installés dans nos campagnes. Ça défigure le paysage, ça fait du bruit, etc. Devrait-on alors planter ces éoliennes en pleine mer ? Mais là encore, il y aurait des plaintes et des mécontents...


À l'école primaire, on nous apprenait que nous vivions dans un pays riche et que le Québec possédait d'abondantes ressources naturelles : mines, forêts, pâtes et papiers, rivières à harnacher, etc. Tout se passe aujourd'hui comme si ce n'était plus le cas, qu'il faut avoir honte de les exploiter pour notre enrichissement collectif et que nous sommes condamnés à la pauvreté et à la mendicité auprès du gouvernement fédéral.


Depuis ce temps, nous avons heureusement appris qu'il faut respecter la nature, voir au reboisement de nos forêts, recycler les déchets produits par les transformations minières de même que nos déchets domestiques, diminuer les émanations de gaz à effet de serre et autres polluants dans l'atmosphère, se préoccuper du réchauffement climatique, dépolluer l'environnement : air, mer et terre. Nous avons conscience que des actions collectives et individuelles sont nécessaires pour y parvenir et il y a même toute une industrie de la dépollution, du développement durable, des énergies douces, du recyclage et des produits bio qui s'est installée en marge de nos habitudes de consommation, qui sont appelées à changer et à évoluer.


Mais pour l'instant, nous ne pouvons nous passer des énergies fossiles. Hydro-Québec travaille depuis longtemps à la recherche d'énergie de remplacement, entre autres en ce qui concerne la voiture électrique, à pile. Ces recherches ont coûté plusieurs millions de dollars, voire des milliards, et nous pourrions fort bien devenir un chef de file dans ce domaine, mais pour l'instant, rien de concret à l'horizon.


Alors, à moins de souhaiter retourner à l'âge de pierre, il faut bien admettre que nous devrons accepter de vivre en utilisant les énergies fossiles, tout en nous efforçant, comme de plus en plus de citoyens le font aujourd'hui, de respecter notre environnement.


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