Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

La sainte paix

Chronique - La sainte paix

Jacques Lanctôt

Nous sommes bombardés d'images toutes plus désolantes les unes que les autres. La télévision et même les médias sociaux nous ont habitués à la barbarie. Parfois, ce sont des images d'un tremblement de terre, d'un tsunami, d'un cyclone, d'autres fois, ce sont des images de bombardements, mais dans tous les cas, on nous montre des corps déchiquetés et ensanglantés. Ces scènes de désolation ont un dénominateur commun : elles se produisent à des milliers de kilomètres de chez nous et nous ne nous sentons nullement menacés par ces images, présentées sans véritable analyse. Tout au plus, nous aident-elles à nous forger une opinion, tout aussi éphémère. On change d'opinion comme on change de chaussettes, dit-on. Tout le contraire d'une idée, d'une réflexion, sereine autant que possible, qui peut nous amener à nous questionner sur le sens de ces événements, qu'il s'agissent de catastrophes dites naturelles ou de destructions provoquées par l'action de l'homme.

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Dans la bande de Gaza, le territoire qui possède la plus grande densité de population au monde (1,6 million d'habitants sur 360 kilomètres carrés), des enfants et des adultes meurent sous les bombes israéliennes tous les jours. Bien sûr, l'État d'Israël a le droit d'exister, il ne s'agit pas de le nier, mais qu'en est-il des Palestiniens qui vivent, génération après génération depuis 1948, sous la tente, dispersés dans les pays voisins où ils ont dû se réfugier, sans territoire à eux, sans pays, sans véritable organisation sociale? Israël, le puissant voisin possédant la fine fleur de l'armement, y compris l'arme atomique, n'a que faire des résolutions des Nations Unies le condamnant et il continue d'occuper illégalement des territoires palestiniens pour y installer sans cesse de nouvelles colonies, dotées elles aussi d'armes sophistiquées pour assurer leur sécurité.

Sous le prétexte fourre-tout du droit de se défendre, Israël contrôle par terre, par mer et par air l'étroite bande de Gaza et tout ce qui peut y entrer et en sortir, population comme biens matériels. L'État d'Israël y a même construit un mur et il contrôle également la frontière avec l'Égypte. Ainsi emmurés, les Palestiniens sont incapables d'organiser leur propre vie. On raconte que l'État hébreu calcule même le nombre de calories que peut consommer chaque jour la population de Gaza pour survivre afin de mieux contrôler la quantité de vivres et d'eau qu'il peut y laisser entrer.

Il est facile de mettre sur un pied d'égalité l'agresseur et l'agressé et d'affirmer que les deux camps ont leur tort en les renvoyant dos à dos. D'un côté, il y a un peuple sans pays, un peuple dont on ne reconnaît pas l'existence et qui a recours, pour se défendre, à des milices armées de façon artisanale. De l'autre côté, il y a un État bien organisé, appuyé par la première puissance économique et militaire, les États-Unis, et qui possède la 10e armée au monde, selon l'organisme Global Fire Power (GFP).

La mort de civils innocents, des deux côtés de la bande de Gaza, est quelque chose d'inadmissible. Mais quand on jette un coup d'œil sur le nombre de ces pertes, on se rend compte qu'un des deux belligérants utilise des moyens tout à fait disproportionnés. Israël peut même se permettre, avec ses drones, ses F-16 et ses services secrets, d'assassiner hors de son territoire et en toute impunité ceux qu'il juge dangereux pour sa sécurité. C'est d'ailleurs l'assassinat d'un dirigeant du Hamas dans la bande de Gaza, par l'armée israélienne, le 14 novembre dernier, qui a rompu la trêve et déclenché une nouvelle révolte palestinienne. Au moment d'écrire ces lignes, on annonçait une trêve entre le Hamas et le gouvernement israélien. Souhaitons que cette trêve permette d'entamer de véritables pourparlers de paix.

Pendant ce temps, à l'autre bout du monde, sur une petite îles des Caraïbes, à La Havane, se déroulent de nouveaux pourparlers de paix entre la plus vieille guérilla d'Amérique, les FARC, et des représentants du gouvernement colombien. Les FARC, qui revendiquent 8000 guérilleros, ont annoncé un cessez-le-feu de deux mois, sans que le gouvernement colombien s'engage à en faire autant. Plus de 50 ans de conflit armé ont entraîné des milliers de morts dans ce pays où les narcotrafiquants se sont hissés jusqu'au sommet du pouvoir politique. Cette fois-ci, il semble bien que le gouvernement soit décidé à en arriver à une véritable paix, avec comme toile de fond la redistribution de la terre à ceux qui la travaillent, l'exercice d'une véritable démocratie et la fin au fléau du narcotrafic, trois demandes fondamentales de la guérilla.


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