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Chronique

Bof...

Agence QMI 
Jacques Lanctôt
19/10/2012 09h30 
 
 
Chronique - Bof...
Jacques Lanctôt 
Photo archives / Agence QMI

Alors que la Commission Charbonneau continue, jour après jour, à nous informer sur les innombrables saloperies et escroqueries, toutes plus honteuses les unes que les autres, qui ont été commises depuis une vingtaine d'années, un sentiment de «bofisation» semble gagner la population.

C'est comme si les gens s'étaient habitués et avaient perdu leur capacité de s'indigner, et il est de plus en plus fréquent d'entendre des «bof!», comme si ces «allégations de corruption», le financement illégal d'un parti politique à l'aide de prête-noms, ou ces «apparences de conflit d'intérêts» représentaient une fatalité.

«Si ce n'est pas lui, ce sera un autre.» «De toutes façon, les politiciens sont tous corrompus. Tu te souviens de la CECO, en 1973?» Ou encore: «Que ferais-tu si tu te faisais offrir une généreuse ristourne, provenant des fonds publics, en échange de favoritisme? Tu ferais la même chose que ces hauts fonctionnaires ou ces politiciens.» «Là où il y a des hommes, il y a de l'hommerie», c'est-à-dire de la bassesse, de la veulerie, de la tricherie.

On rappelle également que la corruption est un mal nécessaire, qu'il est impossible de l'éradiquer totalement et qu'elle peut être tolérable jusqu'à un certain niveau, c'est-à-dire en autant qu'on n'exagère pas sur le pain béni. «J'étais obligé de fonctionner de la sorte et de soudoyer fonctionnaires comme politiciens si je voulais faire des affaires», clame le plus honnêtement Lino Zambito, comme pour attirer notre pitié sur son sort.

Après tout, il a «donné de la job», lui comme monsieur Acurso, d'ailleurs, à des milliers de personnes. On devrait les applaudir et les remercier.

On dit que placé en situation de pouvoir, l'homme est prêt à toutes les bassesses et qu'il en serait de même pour l'homme en situation de faiblesse. Offrez-leur à tous deux la possibilité de s'enrichir illégalement, sans que cela se sache, et ils réagiront tous deux de la même façon, en acceptant n'importe quelle proposition illégale.

Transposez cela au merveilleux monde des sports et on comprendra qu'ils sont finalement très peu nombreux à refuser de se doper et de tricher pour obtenir la victoire, la gloire et les commandites qui vont de pair avec celles-ci.

«Les lois sont toujours utiles à ceux qui possèdent et nuisibles à ceux qui n'ont rien.» Cette phrase lapidaire lancée par Jean-Jacques Rousseau, il ya environ 250 ans, vient confirmer que le cynisme n'appartient pas à une époque précise et qu'il est toujours d'actualité. L'un se sert des lois à son avantage pour s'enrichir et l'autre est prêt à les contourner et à les violer pour mieux s'en sortir, puisqu'elles lui sont nuisibles. Ce sont des Bougons.

Mais il y a pire. Il y a les larbins. Ceux qui s'excusent au nom des mieux nantis, comme dans le fameux monologue d'Yvon Deschamps, «Une job steady pis un bon boss».

«Le larbin est celui qui vous vante le bouclier fiscal, alors même qu'il ne paye pas d'impôt. C'est encore le même larbin qui voudrait réduire ou supprimer l'impôt sur la fortune même s'il sait qu'il ne sera jamais concerné par la question. Il voit instinctivement dans l'intérêt de ceux qui l'exploitent pour s'attirer leur bienveillance. Un écervelé victime du syndrome du larbin n'a pas de conscience politique, il vote instinctivement dans l'intérêt de ceux qui l'exploitent pour s'attirer leur bienveillance [comme l'ont fait 31,2% des Québécois en votant pour le Parti libéral corrompu de Jean Charest]. Le larbin estime que l'argent qui lui fait défaut est beaucoup plus utile dans le coffre d'un riche qui pourra ainsi le réinvestir beaucoup plus utilement qu'il ne l'aurait lui-même dépensé [les riches vont nous donner des jobs tandis que le pauvre, lui, ne fait que dépenser]. Le larbin intellectualise le débat pour tenter de nous convaincre que piocher chez les riches est toujours la pire des solutions, quand bien même il en serait bénéficiaire. [...] Selon lui, les riches [entendez ici Acurso, par exemple], il faut les bichonner, les câliner. Si on les spolie trop, ils s'installeront ailleurs.»

Ce monologue de Julien Arlandis en dit long sur l'état d'esprit des Québécois qui semblent encore prêts à accorder leur confiance, dans une proportion surprenante, au Parti libéral corrompu. Pourtant, la Commission Charbonneau nous révèle des choses beaucoup plus terrifiantes que la Commission Gomery. Tout cet argent siphonné dans les fonds publics, des centaines de millions de dollars, c'est nous qui l'avons fourni à même nos taxes et cotisations diverses.

Bof...