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Chronique

Les faux amis

Canoe.ca 
Jacques Lanctôt
14/09/2012 10h10 
 
 
Chronique - Les faux amis
 

Vous ne trouvez pas cela bizarre? Une semaine après l'élection d'un gouvernement péquiste minoritaire au Québec, le NDP/NPD abandonne subitement son projet de créer une aile québécoise. « Cela exigerait d'être constamment sur un pied d'alerte et je crois que ce ne serait pas la meilleure utilisation de nos ressources », a dit le chef de ce parti pour justifier son revirement. Avouez que c'est un peu mince comme explication. Surtout après avoir relancé le débat sur le vote majoritaire, à 50% plus 1, advenant un nouveau référendum...

Un peu comme Harper l'a fait avec Jean Charest pendant la campagne électorale, je me dis qu'il doit bien y avoir eu des conversations secrètes entre Thomas Mulcair et Amir Khadir afin de discuter d'un plan d'ensemble. La progression du vote de Québec solidaire un peu partout au Québec n'est certainement pas étrangère à ce revirement de situation. Pourquoi en effet créer de nouvelles structures si QS peut faire la job tout seul, celle, entre autres, de diviser le vote souverainiste et d'empêcher ainsi la formation d'un gouvernement souverainiste majoritaire? On peut dire adieu à la tenue d'un référendum dans les prochaines années, et le Canada peut de nouveau dormir en paix, surtout si Justin Trudeau est élu à la direction du Parti libéral du Canada. Le NDP/NPD défendra les idées de la social-démocratie au Canada, en rêvant de former un gouvernement majoritaire un jour, et QS fera de même au Québec. Et pas de chicane dans ma cabane. Il est si facile de se montrer magnanime et bon joueur, quand on sait que la division du vote au Québec va empêcher la tenue d'un autre référendum.

Mais le plus surprenant dans tout cela, c'est que la majorité de ceux qui ont voté QS semblent s'en foutre complètement. Aucune vision à long terme. Et quand on leur parle du pays à faire, ils affirment qu'il n'y a aucune urgence, qu'il faut d'abord discuter du genre de pays qu'on veut avant de se lancer dans l'aventure, comme s'il s'agissait de se lancer dans le vide, sans parachute. Il s'agit d'une vieille discussion qui avait cours dans les années soixante. Doit-on faire le socialisme avant ou doit-on faire l'indépendance d'abord avant de discuter des formes et des couleurs que prendra la société québécoise?

Les groupes marxistes-léninistes comme le PCO et En lutte!, qui ont surgi après la défaite du FLQ, au début des années soixante-dix, ont prôné l'union des forces progressistes au sein du Canada plutôt que d'appuyer le projet « bourgeois » défendu par le seul parti indépendantiste, le PQ. Aujourd'hui, on a remplacé le mot bourgeois par le mot néo-libéral, et le tour est joué, on reprend les mêmes vieilles analyses pour brandir, à gauche, l'épouvantail péquiste. Et vive l'union des forces ouvrières au Canada! Quelle aberration!

Comment expliquer alors que le Parti québécois fasse toujours aussi peur à Ottawa de même que parmi l'establishment québécois et canadien? C'est sans aucun doute parce qu'il menace les structures mêmes de la domination coloniale sur le Québec. Ce seul fait est révolutionnaire et devrait encourager toutes les forces progressistes, où qu'elles soient, d'appuyer le combat pour la souveraineté du Québec. Parce que l'accession du Québec au rang des pays souverains déclenchera une vague d'espoir sans précédent et permettra la réalisation de nos rêves les plus précieux, dont celle d'une société juste et solidaire.

Le Parti québécois, ce « formidable cheval de course », pour reprendre l'expression de Yves Michaud, me semble le meilleur véhicule pour y arriver. Y prennent place des gens de toutes les tendances qui ont en commun le désir irrépressible d'accéder à l'indépendance. Il ne faut pas le bouder, au nom d'une fausse prémisse que seules les forces de gauche peuvent réaliser la « véritable » souveraineté du Québec.