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Chronique

Responsabilités

Canoe.ca 
Jacques Lanctôt
07/09/2012 12h08 
 
 
Chronique - Responsabilités
 

On a beaucoup écrit et parlé à propos de l'attentat contre la première ministre du Québec au cours duquel un homme a été tué et un autre gravement blessé. On a parlé d'attentat politique, d'attentat raciste ou d'un geste de folie. On a aussi affirmé que les forces policières avaient été négligentes et qu'elles avaient mal protégé la nouvelle première ministre. 

Mais presque personne jusqu'à maintenant n'a abordé le thème de la responsabilité de ceux qui ont allumé les feux de la haine et ont fait sonner les sirènes de l'apocalypse à plus d'une reprise.

Loin de moi l'idée de lier directement Jean Charest et François Legault au drame survenu dans les heures suivant l'élection du PQ. 

Toutefois, je déplore qu'au cours des dernières semaines, ils se soient relayés pour faire peur au monde, et pas de façon banale. Tous deux ont parlé de catastrophe si jamais Pauline Marois et le Parti québécois étaient portés au pouvoir au terme des élections générales. Tous deux ont brandi le spectre du référendum et de l'effondrement de l'économie advenant une victoire péquiste. Cette diabolisation d'un acte démocratique comme le référendum est tout à fait inadmissible. Nos deux Bonhommes Sept Heures n'ont cessé de marteler que l'élection d'un gouvernement péquiste était la pire chose que le Québec pouvait connaître et qu'il fallait à tout prix empêcher le pire de se produire. 

Charest s'est particulièrement distingué dans ces appels démagogiques. Il s'est ainsi adressé aux gens de Québec en prédisant qu'il n'y aurait pas de nouvelle équipe de hockey si le Parti québécois était porté au pouvoir! Il a aussi affirmé que les guerres linguistiques reprendraient avec le projet péquiste d'appliquer la loi 101 aux cégeps. Il n'a cessé d'associer Legault au mouvement indépendantiste en affirmant qu'il était un séparatiste déguisé avec un agenda secret, celui d'un référendum. En passant, s'il faut prendre Charest au mot, force est d'admettre qu'en comptant les votes du PQ et de la CAQ, cela commence à faire une bonne majorité en faveur de la souveraineté du Québec. 

Charest et Legault, bien sûr, n'ont pas appelé à commettre des gestes violents contre les partisans de l'indépendance mais leurs propos incendiaires, répétés ad nauseam sur toutes les tribunes, ont certainement contribué à créer un climat malsain d'urgence où un illuminé décide de prendre les choses en mains pour éviter le pire dont ont parlé les deux dirigeants politiques. S'il s'est procuré, entre autres, une mitraillette et plusieurs autres armes, ce n'est sûrement pas pour abattre les ours sur sa pourvoirie. 

Il serait trop facile pour Charest et Legault de s'en tirer aussi facilement, en faisant simplement part de leurs regrets pour les événements tragiques qui ont conduit à la mort d'un travailleur. Ils devraient tous deux reconnaître une part de responsabilité dans cet attentat raciste. 

Québec solidaire

Par ailleurs, je pense que Québec solidaire devrait reconnaître, devant l'électorat québécois, sa responsabilité dans l'arrivée d'un gouvernement minoritaire à Québec. Cette situation risque de nous plonger dans une autre campagne électorale prochainement et nous coûter ainsi un autre 90 millions. À part Mercier et Gouin, où « Françoise » a enfin obtenu son joujou en évinçant un député de qualité, les autres scores, majoritairement sous les 1500 votes, des résultats en soi insignifiants, ont favorisé, dans une vingtaine de cas, l'élection d'un député libéral ou caquiste. À cause de cette division du vote souverainiste et progressiste, le Parti québécois, vainqueur tout de même des élections, n'aura pas la majorité parlementaire pour faire voter ses lois progressistes. Bravo à tous ceux qui ont participé à ces ego trips. 

La trajectoire de Québec solidaire me rappelle l'histoire de la grenouille et du scorpion. Celui-ci, désirant traverser un ruisseau, demande à la grenouille de le porter sur son dos. La grenouille s'étonne de cette proposition, craignant le dard envenimé du scorpion. « Rien à craindre, lui rétorque-t-il. Je ne sais pas nager et ma piqûre serait mortelle pour nous deux. » La grenouille se laisse convaincre par l'argument et l'étonnant couple se lance dans la délicate traversée. La rive en vue, le scorpion pique la grenouille qui, avant de couler au fond de l'eau, s'étonne de ce geste effectivement mortel pour tous deux. « Je n'y suis pour rien, rétorque le scorpion. C'est dans ma nature. »

Le problème avec les scorpions, ce n'est pas qu'ils ont un dard mortel et qu'ils ne savent pas nager ; c'est qu'ils sont tout juste bons à « foutre le bordel ». C'est dans leur nature.


 
 


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