Vous vous souvenez? C'était il y a quelques mois, le gouvernement Charest, après une longue valse-hésitation, a appelé à des élections générales anticipées, au beau milieu d'une crise sociale sans précédent, en faisant le calcul que cette crise qui dégénérait en affrontements violents jour après jour favoriserait sa réélection. Charest allait jouer les sauveurs de la nation après avoir lui-même créé toutes les conditions objectives pour le déclenchement de ladite crise, en haussant les frais de scolarité, en refusant par la suite de négocier sérieusement avec les représentants étudiants et en votant l'abjecte loi 78, qui porte atteinte aux libertés fondamentales, comme l'affirme la Commission des droits de la personne.
Le père fouettard a autorisé les différents corps policiers à pénétrer dans les maisons d'enseignement, à brutaliser sans discernement les étudiants en grève et à procéder à des arrestations massives, pour frapper notre imaginaire si peu habitué à de telles scènes de violence. Il a aussi fait en sorte que les tribunaux prennent le relais de son gouvernement, en ordonnant des injonctions qui annulent ni plus ni moins le simple exercice démocratique du droit de grève qui veut que lorsqu'une majorité se prononce en faveur de la grève, la minorité doit s'y plier.
Mais ce scénario du chaos a échoué, les manifestations nocturnes se sont poursuivies, les grands rassemblements de jour se sont multipliés, réunissant main dans la main les syndicats de travailleurs, les étudiants et tout ce que le Québec compte d'indignés et de mécontents. Jean Charest a alors fait le pari que des élections générales anticipées feraient baisser d'un cran le niveau de tension et que son gouvernement sortirait gagnant de cet affrontement électoral sur fond de crise sociale.
Or, il n'en est rien aujourd'hui. Un grand nombre d'étudiants des secteurs universitaires et collégiaux sont toujours en grève, la police pénètre sur les campus et procède à de nombreuses arrestations et il n'y a plus de gouvernement à Québec pour ne serait-ce que tenter de calmer les esprits. Bien sûr, la période des vacances a quelque peu aidé à faire baisser les niveaux de tension, mais avec la rentrée scolaire annoncée, les votes de grève ont repris et la majorité des étudiants, même ceux qui veulent retourner en classe, rejette la hausse des frais de scolarité et exige de participer aux discussions sur la gestion des universités.
Ce vide gouvernemental va durer jusqu'au soir du 4 septembre prochain. Ce soir-là, nous saurons si les tensions vont s'accentuer, si les grèves vont se multiplier, si une nouvelle crise sociale va embraser le Québec. Ou si un vent d'espoir va nous unir.
Un seul parti politique est capable de satisfaire les demandes des étudiants et de désamorcer la crise. Ce n'est sûrement pas le Parti libéral, qui a mis le feu aux poudres et qui refuse de discuter avec les étudiants. Ce n'est pas la CAQ de François Legault qui n'entend pas reculer sur cette question même s'il veut bien rencontrer les étudiants. Il y a bien sûr ON et QS, qui vont jusqu'à promettre la gratuité scolaire, mais ces deux partis ne prendront pas le pouvoir et ne détiendront pas, non plus, la balance du pouvoir. Reste le Parti québécois, qui a promis d'abolir la loi 78 et de geler les frais de scolarité, en les ramenant à ce qu'ils étaient avant la hausse décrétée par le gouvernement libéral.
Ne serait-ce que pour cette raison (mais il y en a des tonnes d'autres bonnes raisons), il faut que les étudiants votent massivement pour le Parti québécois et pour l'espoir. Tout en se promettant de suivre au pas le gouvernement de Pauline Marois pour qu'il respecte ses engagements. QS et ON s'en remettront. Lorsque nous aurons enfin notre pays, QS aura tout le loisir de promouvoir son programme politique, sans risquer de compromettre notre accession à la souveraineté. Nous pourrons même créer un véritable parti socialiste qui défendra nos idéaux de justice sociale et de protection de l'environnement, comme cela se fait ailleurs dans le monde.
Un gouvernement minoritaire du Parti québécois ne pourra faire adopter ses lois progressistes et ce sera le retour à la case départ. Est-ce cela que nous voulons?