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Chronique

La Syrie en flammes

Canoe.ca 
Jacques Lanctôt
10/08/2012 10h25 
 
 
Chronique - La Syrie en flammes
Jacques Lanctôt 

Je me souviens qu'enfant, la Syrie me fascinait. J'imaginais un pays de fiers combattants, de gladiateurs sans peur. Je voyais des Syriens dispersés un peu partout dans le monde, personnages bibliques peuplant les nouveaux territoires de l'Amérique en y apportant leur savoir-faire. Dans les années soixante, au sein du mouvement de décolonisation, la Syrie a joué un rôle important en appuyant de nombreuses organisations de libération. Le gouvernement syrien était dirigé par le parti baassiste, qui faisait alors partie de l'Internationale socialiste. Aujourd'hui, il est toujours dirigé par le même parti mais les choses ont évolué depuis toutes ces années.

S'il y a bien un sujet qui divise la gauche actuellement, c'est la Syrie. Les nouvelles les plus alarmantes circulent un peu partout et plusieurs organismes réputés pour défendre les droits humains et la justice sociale condamnent actuellement le gouvernement syrien et vont jusqu'à réclamer une intervention extérieure pour mettre fin à ce qu'ils appellent le génocide perpétré soi-disant par les autorités en place.

À la tête de ce mouvement, on retrouve le gouvernement nord-américain, il ne se passe pas une journée sans qu'Hillary Clinton, l'équivalent d'une ministre des Affaires étrangères, demande le départ de l'actuel président Assad et l'envoi d'une mission d'intervention qui appuierait les forces rebelles déjà solidement armées par la Turquie et Al-Qaïda.

Il ne s'agit pas de louanger le gouvernement de Bachar Al-Assad qui, dans un passé récent, a collaboré avec l'axe Washington-Londres-Paris dans plusieurs histoires de tortures. Le président syrien doit écouter les demandes légitimes en faveur d'une plus grande démocratisation et il a annoncé en ce sens d'importantes réformes en vue de créer un système politique multipartiste. Mais on ne lui laisse pas la chance d'instaurer sa politique d'ouverture.

Ce qu'il faut voir aujourd'hui dans les événements tragiques qui secouent la région, c'est que les États-Unis veulent répéter ce qui s'est passé en Libye en renversant un gouvernement qui a l'appui d'une majorité de sa population, formée essentiellement de chiites, comme en Iran. Cette guerre, qui a déjà fait des milliers de victimes, est fomentée par des gouvernements étrangers, dont l'Arabie Saoudite et le Qatar. Ces deux pays, qui ne sont pas réputés faire dans la dentelle avec leurs propres forces d'opposition, sont gouvernés par des musulmans sunnites et ils ont tout intérêt à armer cette soi-disant Armée syrienne libre et d'autres organisations intégristes pour renverser aussi bien le gouvernement syrien que le gouvernement iranien.

Comment expliquer qu'une telle armée, surgie de nulle part, puisse aujourd'hui menacer de renverser un gouvernement réputé pour sa solidité et son appui populaire? Avec ses bases d'entraînement en Turquie et au Liban, cette «armée libre» est de toute évidence organisée, financée et armée par la CIA et les services secrets français et britanniques. Elle sème la terreur et le chaos dans ce pays, sous le faux prétexte d'une lutte de libération, et le Conseil de sécurité de l'ONU refuse de condamner ces actions terroristes. Elle rejette toute proposition de négociation et d'ouverture, misant sur le chantage la peur, l'intimidation et les exécutions sommaires pour convaincre la population de l'appuyer. Ses tactiques sont manifestement celles de la CIA. En graissant généreusement la patte de fonctionnaires avec des dollars, elle obtient des informations privilégiées qui permettent ensuite de mener des opérations stratégiques contre le gouvernement et l'armée syrienne demeurée fidèle au président Assad. L'Arabie saoudite promet même de payer de plus hauts salaires aux militaires syriens qui désertent et qui passent du côté de l'opposition. Voilà un bien drôle de comportement pour une soi-disant «armée libre». Les Américains agissaient de la même façon au Sud-Vietnam, dans les années soixante.

Avec la baisse des revenus du pétrole, l'embargo et toutes les autres sanctions économiques prises contre le gouvernement syrien, ce dernier a, bien évidemment, de plus en plus de difficulté à gérer correctement les affaires de l'État. Cette situation chaotique risque de créer encore plus de mécontentement et c'est ce que visent les forces rebelles, dont le seul but est de renverser coûte que coûte le président Al-Assad et d'instaurer un régime pro-occidental qui ouvrirait la route à une attaque contre l'Iran.

Il ne semble plus y avoir de solution pacifique au conflit et on assiste actuellement à une véritable guerre civile, fomentée par des forces extérieures. Le risque est grand de voir toute la zone du golf arabique s'embraser. Une intervention militaire de l'OTAN conduirait inévitablement à un affrontement avec l'Iran et déclencherait une troisième guerre mondiale.