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Chronique

Monsieur le premier ministre (suite)

Canoe.ca 
18/05/2012 11h50 
 
 
Chronique - Monsieur le premier ministre (suite)
 

Nos enfants ont maintenant perdu leur innocence. Pendant ces trois mois, ils auront pris de la maturité et cela, personne ne pourra jamais le leur enlever. Ils savent désormais que les mots « répression » et « violence policière » ne sont pas de vains mots car ils ont été gazés et frappés sans ménagement par des forces policières armées jusqu'aux dents, qui frappaient lâchement et indistinctement sur des manifestants aux mains nues.

Cette odeur âcre et insupportable des gaz, ces coups et ces ecchymoses sur le corps, ces blessés étendus par terre puis emmenés en ambulance comme s'il s'agissait d'un véritable champ de bataille, ces milliers d'amendes salées et ces milliers de blessés, certains gravement, physiquement et moralement, cela ne s'oublie pas, tout comme ne s'oublient pas la solidarité et l'entraide qu'ils ont découvertes au coude à coude, dans la rue ou dans les assemblées générales.

Tout ça pour vous dire, Monsieur le premier ministre, qu'avec tout le respect que je dois à une personne humaine, nous sommes des centaines de milliers à vous détester profondément et à demander votre démission. Nous sommes des centaines de milliers à penser que vous êtes un calculateur, un manipulateur et un dangereux démagogue.

Vous vivez sans doute dans votre bulle, entouré de vos ministres sinistres, de votre personnel politique et de quelques milliers de personnes aveuglées par le pouvoir parce qu'elles y trouvent leur compte. Parmi celles-ci, se trouvent de nombreux partisans de la droite musclée, favorables de la bonne vieille méthode forte du « fesser dans le tas », des fournisseurs d'enveloppes brunes dont certains ont été arrêtés dans le cadre de l'opération Marteau, des Caquistes-adéquistes qui si ce n'étaient de rivalités dues à des conflits de personnalité, ne demandent pas mieux que de s'associer avec vous et d'être calife à la place du grand calife, des joks amateurs de Monster Trucks et de radios-poubelles que vous ne voudriez surtout pas inviter à votre table.

À vos côtés, aucun artiste, aucun écrivain, aucun penseur, aucun intellectuel digne de ce nom. Un vide immense que vous tentez de combler avec des amitiés douteuses qui ont perdu tout contact tangible avec la population.

Ce carré rouge que vous ridiculisez, Monsieur le premier ministre, en accablant chaque jour à l'Assemblée nationale les députés de l'opposition qui s'affichent du côté des étudiants, sachez qu'il est porté par des centaines de milliers de personnes à travers le Québec, jeunes et vieux. Nous étions près de 300 000 à le porter fièrement dans la rue, il y a quelques semaines, et nous serons tout autant à le faire le 22 mai prochain. Ça commence à représenter beaucoup de monde.

Sachez que l'Histoire ne vous acquittera pas, Monsieur le premier ministre. Vous serez accusé d'outrage à la démocratie, d'outrage à votre peuple et d'avoir incité, par vos gestes, à la violence associée au terrorisme. Vous êtes un homme d'une rare petitesse et votre principale activité, quand ce n'est pas d'accommoder vos petits amis, consiste à alimenter la population de préjugés haineux envers tout ce qui représente le progrès social.

Nous serons des centaines de milliers à nous donner de nouveau la main, dans la rue, dans nos centres de travail, dans les collèges et universités, pour dire « Non ! » au Parti libéral, lorsque viendra le temps de voter.

Mais entre-temps, ne vous trompez pas, nous ne baisserons pas les bras, en dépit des lois iniques que vous et vos semblables vous apprêtez à adopter. Toutes ces larmes, toutes ces saines colères, toutes ces insomnies, tous ces coups et blessures, tous ces sacrifices n'auront pas été vains.

Désormais, vous nous obligez à faire front commun contre vous. C'est ainsi que nous vaincrons et nous l'aurons notre pays, bâti à l'image de la solidarité et de la justice sociale, où les cyniques et les liberticidaires comme vous n'auront plus leur place.



 
 


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