Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

Il y a 20 ans, l'URSS (suite)ll

Chronique - Il y a 20 ans, l'URSS (suite)ll

Jacques Lanctôt

Depuis une dizaine d'années, la Chine, pays en voie de développement, est devenue une superpuissance avec laquelle il faut désormais compter, aux côtés d'autres pays émergents comme le Brésil, l'Argentine et le Venezuela qui font désormais figure de leaders dans ce combat pour reprendre possession de leurs ressources nationales au profit de leurs populations. Même chose pour l'Iran qui réaffirme, en ce moment plus que jamais, sa volonté de demeurer pleinement maître de son destin sans s'en laisser imposer par qui ce soit.

En Amérique latine, la Communauté des États latino-américains et des Caraïbes (CELAC), qui regroupe 32 pays, vient de voir le jour, sans les États-Unis et le Canada et avec la participation de Cuba. C'est une première dans l'histoire de ce continent où les États-Unis avaient toujours réussi jusqu'à maintenant à imposer leur volonté, à travers un organisme comme l'OEA, qu'on qualifiait de véritable ministère des colonies des États-Unis.

En 20 ans, la face du Tiers Monde a changé radicalement. Si, dans un premier temps après l'effondrement de l'URSS, les États-Unis ont pu imposer sans trop d'efforts leur domination sur une partie de l'humanité, aujourd'hui, ils doivent se replier et battre en retraite dans de nombreuses contrées et leur prestige et leur influence ont diminué d'autant. On peut en dire autant des organismes qu'ils ont mis en place pour mieux contrôler les économies des pays en voie de développement. Le FMI, la Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement ont échoué dans leur tentative de conditionner leur aide au bon comportement des gouvernements progressistes latino-américains qui visent, eux, de plus en plus l'intégration économique régionale afin d'éliminer les inégalités sociales et donner un toit à tous. Ces pays possèdent d'énormes richesses naturelles et leur exploitation servira enfin à créer cette société plus solidaire.

S'il est trop tôt pour parler d'un retour au monde bipolaire, avec un nouvel équilibre des forces, on doit constater que les États-Unis ne peuvent plus agir comme bon leur semble, bien que certains de leurs ressortissants, comme des Marines de l'armée américaine, se permettent d'humilier leurs soi-disant ennemis assassinés par leurs armes en leur urinant dessus. En 1949, deux autres Marines, visiblement saouls ceux-là, avaient uriné sur la statue de José Marti à Cuba, déclenchant l'indignation populaire. Devant de tels gestes, on ne peut être que d'accord avec cette affirmation selon laquelle les États-Unis n'ont pas d'amis, ils n'ont que des intérêts. L'exportation par la force de leur «modèle démocratique», avec invasions de territoires souverains, attaques sournoises à l'aide de drones, assassinats sélectifs et chantages, ne sert qu'à créer encore plus de chaos et à discréditer les organismes internationaux chargé de faire respecter le droit international, comme on l'a vu en Irak, en Afghanistan et dans plusieurs pays africains.

La tournée du président iranien Mahmoud Ahmadinejad au Venezuela, à Cuba, au Nicaragua et en Équateur suscite visiblement l'inquiétude à Washington mais elle constitue une autre preuve que de plus en plus de pays du Tiers Monde, les indignés depuis longtemps, sont décidés à s'unir et à agir non pas en fonction des directives imposées par l'empire américain mais bien en faveur des intérêts de leurs populations. Il y a dix ans, un tel affrontement, pour ne pas dire affront, aurait été impensable, et seul Cuba tenait tête à l'empire étasunien, au prix d'énormes sacrifices, surtout depuis l'effondrement des pays du bloc de l'Est. Malgré toutes les difficultés et les embûches, Cuba continue d'être un dangereux exemple de solidarité.

Finalement, on peut conclure que le nouveau rapport de forces, à l'échelle mondiale, penche en faveur des indignés, de ceux qui se prennent en main pour mieux assurer le bien-être de leur population. Dans ce grand combat pour la souveraineté nationale, le Québec aura sûrement son mot à dire un jour, même si aujourd'hui il semble demeurer silencieux. On apprend souvent mieux dans le silence.

«L'espérance est orpheline, a dit un poète, mais elle a beaucoup de neveux et nièces.»


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