Il existe un endroit à Montréal où la guignolée revêt un tout autre sens et qui a conservé son caractère de proximité. C'est celle du docteur Julien et de sa clinique de pédiatrie sociale, située au coin des rues Adam et Aylwin, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, qui est ni plus ni moins qu'un concentré de la misère sociale au Québec.
J'y suis allé faire un tour l'autre samedi, alors que l'équipe de Joël LeBigot diffusait en direct, sur les ondes de la radio de Radio-Canada, son émission hebdomadaire, dans le but d'amasser le plus possible pour l'œuvre du Dr Julien. Bien sûr, il y avait une animation inhabituelle autour de la clinique du bon docteur, quelques vedettes sont venues faire leur tour puis sont reparties, non sans laisser leurs dons en argent. Devrait-on s'offusquer de ce copinage? Je ne le crois pas. Finalement, ce sont les gens du quartier qui étaient fêtés et qui profiteront des retombées médiatiques autour de la guignolée du Dr Julien. Grâce à la charité de fortunés et des moins fortunés, les enfants magannés pourront bénéficier d'un suivi pédiatrique comme on n'en trouve pas ailleurs.
Je comprends que de voir un événement comme la guignolée du Dr Julien recevoir tant de couverture médiatique en fatigue plus d'un. Cette situation peut faire des jaloux, surtout dans le système de santé actuel où la tendance est aux coupures et au partenariat avec le privé. Le docteur Julien me disait que dans certains CLSC, on le considère même comme un compétiteur! Mais, dans les faits, c'est tout le quartier qui semblait en fête, uni derrière son pédiatre, pour dénoncer les injustices sociales qui font que les espérances de réussite et de vie ne sont pas les mêmes que l'on soit d'ici ou d'Outremont. Ces gens du quartier, durement éprouvés par la vie en général, ont eu leur minute de gloire et qui s'en plaindrait si cela annonce des lendemains meilleurs. Le docteur Julien ne mène pas une révolution, même s'il bouscule pas mal les habitudes de faire de la médecine traditionnelle, et il est conscient que son travail n'est qu'une «petite goutte d'eau dans une mer de besoins», pour reprendre l'expression d'un journaliste fort connu, un pansement sur un bobo immense.
La justice sociale est toujours un idéal à atteindre et par son dévouement envers tous ces poqués du système, le docteur Julien prouve qu'il y croit toujours. Son indignation, il ne la montre pas avec une pancarte à la main mais en arpentant tous les jours les rues de son quartier, en se fendant en quatre comme on dit.
Au même moment, à quelques rues où s'étaient rassemblés les guignoleux de ce samedi mémorable, sur la Sainte-Catherine qui, dans ce coin de la ville, ne revêt jamais ses beaux atours, Cyndi ou Marie, légèrement vêtue malgré le froid qui pique, arpentait déjà le trottoir, comme tous les jours, en quête de clients généreux et peut-être même d'un prince charmant qui viendra la sortir de sa misère chronique, comme dans la chanson de Manu Chao, «Me llaman calle». Peut-être que ce seront ses propres enfants qui, un jour, auront besoin de l'aide du «bon docteur Julien» et qui iront frapper à la porte de la clinique, si celle-ci réussit à tenir le coup malgré les jours sombres qui s'annoncent.
Je vous souhaite un joyeux premier de l'An et une année 2012 où se réaliseront nos plus beaux désirs, ceux que nous partageons vous et moi au-delà de nos divergences. Quant au mien, mon premier désir est que nous puissions affronter les libéraux de Jean Charest, unis et déterminés à faire plus que jamais l'indépendance du Québec.