Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

Les rebelles de l’OTAN

Chronique - Les rebelles de l’OTAN


Jacques Lanctôt

Après les reportages en direct des journalistes du monde entier en Libye, qui tous ou presque rapportaient les faits d’armes des « rebelles de l’OTAN » (l’expression ne vient surtout pas du journaliste radio-canadien Akli Aït Abdallah qui présentait ces forces tribales comme des sauveurs purs et durs), que vont-ils maintenant nous raconter?

Que le pétrole et le gaz libyens n’intéressent pas les puissances de l’OTAN qui ont simplement volé au secours du peuple libyen si longtemps tenu en otage par le méchant colonel Mouammar Kadhafi?

Nous ont-ils dit, ces braves journalistes, qu’en 2009, le produit national brut (PNB) par habitant en Libye se situait à 12 020$, plaçant la Libye parmi les 50 pays les plus prospères au monde?

Qu’en 2007, selon le Programme des nations Unies pour le développement, la Libye était le pays le plus développé de l’Afrique, selon l’indice IDH (indice de développement humain)?

Que l’éducation est gratuite et obligatoire jusqu’au niveau secondaire et que son taux d’alphabétisation, avec 82% de la population sachant lire et écrire, est le plus élevé de l’Afrique du Nord, et même plus élevé que celui du Québec s’il faut en coire la nouvelle publiée ce matin? Que ce ne sont pas les colonisateurs italiens qui ont créé la première université dans ce pays, mais que celle-ci fut ouverte après l’indépendance de 1951 et le départ des Italiens? Que depuis 1975, le nombre d’universités est passé de 2 à 9 et que le nombre d’instituts de formation professionnelle, créés à partir de 1980, atteint 84? Que l’éducation supérieure est financée essentiellement par le gouvernement et représente 38,2% du budget national? Pour un petit pays de 6 millions d’habitants, admettons que ces statistiques n’ont rien à envier aux nôtres. Surtout qu’on nous a présenté la Libye comme un pays gouverné par un fou qui s’en mettait plein les poches, en fait un pays sans véritable gouvernement mais qui maintenait son peuple dans la terreur et la misère.

Que le colonel Kadhafi, préoccupé par la dépendance de l’Afrique vis-à-vis de l’Occident, a financé à 100% un satellite de communication, qui mettra fin à la dépendance des pays africains qui doivent payer annuellement 500 millions de dollars à l’Europe pour l’utilisation de leur satellite de communication? (Merci à M. Lombardi pour ces statistiques).

Sont-ce là les crimes contre l’humanité qu’auraient commis le colonel Kadhafi, selon la cour pénale internationale?

Maintenant que les rebelles de l’OTAN semblent avoir la situation en main, le vértable chaos va pouvoir s’installer, selon le modèle irakien. L’économie est totalement paralysée, les écoles et maisons d’enseignements sont fermées, les principales installations du pays ont été détruites par les bombes et roquettes intelligentes des sauveurs de l’OTAN, y compris par la très royale armée de l’air canadienne.

Rien ne va plus dans ce pays livré désormais aux différentes factions et tribus, qui ont participé aux combats avec les armes de l’OTAN, dont la nébuleuse LIFG (Libyan islamic Fighting group) liée à Al-Qaeda, et la guerre va commencer entre tout ce beau monde pour s’emparer du trésor de la Libye, les milliards que les pays occidentaux ont gelés dès le début du conflit.

Le nouveau Conseil militaire de Tripoli est dirigé par un ex-agent de la CIA, le général Abdelhakim Belhaj, proche des fondamentalistes islamistes. L’aéroport de Tripoli est contrôlé par les rebelles de Zintan. La banque centrale, le port de Tripoli et le bureau du premier ministre sont aux mains des rebelles de Misrata, tandis que les Berbères de la région montagneuse de Yafran occupent la place centrale de Tripoli.

La libanisation de la Libye est maintenant commencée. Ne manque plus que le débarquement massif des troupes des monarchies despotiques du Golfe persique, amies-amies de Washington, le grand patron de l’OTAN, pour instaurer l’ordre impérial sur le terrain et donner le signal de la véritable guerre.


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