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Chronique

La stratégie de la tension (suite)

Agence QMI 
Jacques Lanctôt
05/08/2011 08h53 
 
 
Chronique - La stratégie de la tension (suite)
 

Je veux revenir sur le contexte dans lequel s’inscrit la tuerie perpétrée par Anders Behring Breivik, ce tueur qualifié de fou par ceux à qui cela convient, comme cet éditorialiste de La Presse, Mario Roy, dont on se demande toujours sur quelle planète il vit.

La Norvège, dont le gouvernement est une coalition de centre-gauche dirigée par le Parti travailliste, s’apprêtait à annoncer, au moment des doubles attentats, qu’elle se retirait, le 1er août, de la coalition des pays de l’OTAN qui effectuent actuellement des bombardements meurtriers sur la Libye. «La solution aux problèmes en Libye est politique et non pas seulement militaire», avait affirmé le premier ministre norvégien. La Norvège est en train de donner de mauvaises idées à d’autres pays de la région et pourrait les inciter à faire de même, ce que les États-Unis et ses alliés voient d’un mauvais œil.

De plus, la Norvège s’apprêtait à reconnaître, à l’ONU, l’existence d’un État palestinien, en septembre prochain. Un dur coup pour la diplomatie américaine qui cherche par tous les moyens à empêcher la tenue d’un vote sur cette proposition aux Nations unies. Le Département d’État américain n’est pas loin d’affubler la Norvège du titre peu envieux d’État voyou qui transige avec les terroristes islamistes.

La presse américaine, anglaise, canadienne et même québécoise s’est empressée de parler d’Anders Behring Breivik comme un «tueur fou solitaire» et on l’a comparé à Lee Harvey Oswald, Sirhan Sirhan ou au Major de l’armée américaine Nidal Hasan qui, à Fort Hood, au Texas, en 2009, avait tiré sur des officiers. Or, des doutes persistent toujours sur cette théorie de la démence et de l’assassin solitaire. Plusieurs témoins affirment que sur l’île d’Utoya, il y avait au moins deux tireurs, qui opéraient à partir de deux endroits différents, ce qui semble fort plausible étant donné le nombre élevé de victimes.

Cette possibilité qu’il y ait eu plus d’un tueur détruit le mythe de l’acte isolé perpétré par un fou. Il s’agirait par conséquent d’une véritable conspiration visant à déstabiliser le gouvernement norvégien de gauche, mais cela, on ne veut pas le voir. C’est cela, la stratégie de la tension.

Selon la sociologue française Isabelle Sommier, «les attentats aveugles n’ont pas d’objectifs précis à court terme mais cherchent à déstabiliser un pouvoir ou un régime politique en minant le contrat qui lie les gouvernés aux gouvernants pris en défaut de protection et de sécurité, par exemple pour acclimater dans l’opinion publique l’idée de la légitimité d’un éventuel coup d’État qui viendrait mettre un terme au désordre», comme cela s’est produit dans les années 1970 en Italie avec des groupes d’extrême droite d’inspiration néofasciste. La tension, c’est quelque chose qui relève surtout des émotions.

Par ailleurs, drôle de coïncidence, un an auparavant, une section antiterroriste des forces policières d’Oslo avait mené une opération de simulation d’attaque à la bombe, avec de véritables explosions, au même endroit où les bombes ont explosé, le 22 juillet dernier, soit à quelques pas du bureau du premier ministre norvégien. Et puis, autre coïncidence : il y a quelques mois, la télévision norvégienne révélait que la CIA avait mis sur pied dans ce pays un réseau d’espionnage appelé Surveillance Detection Unit (SDU), en recrutant des officiers de police à la retraite. Le SDU est relié à une organisation plus large, le Security Incident Management Analysis System (SIMAS), chargé, entre autres, de la sécurité dans les ambassades américaines à travers le monde.

On peut supposer que ces réseaux ne sont pas passifs et qu’ils agissent selon le modèle du réseau italien clandestin Gladio dont j’ai parlé dans la chronique antérieure.

On verra, dans quelques mois ou années, si cette tuerie aura réussi à déstabiliser le gouvernement progressiste de la Norvège. Et si cette stratégie de la tension apparaîtra sur d’autres théâtres, en Europe, en Afrique, en Amérique latine ou en Asie, en déclenchant d’autres actions terroristes couvertes par la CIA et le M15, son équivalent britannique.

 
 


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