Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

La stratégie de la tension

Chronique - La stratégie de la tension

Jacques Lanctôt

Vous avez remarquez ? Lorsque la peste brune s’est abattue sur la Norvège, avec les deux massacres à Oslo et sur l’île d’Utoya, les dirigeants de nombreux pays occidentaux de même que les médias en général ont aussitôt parlé d’un attentat «probablement» perpétré par une cellule islamiste internationale reliée à Al Qaeda. L’explication avancée: la Norvège participait à la guerre en l’Afghanistan. Obama et Cameron, le premier ministre britannique, ont alors affirmé qu’ils appuyaient la Norvège dans sa lutte contre le terrorisme tandis que le Département d’État américain allait même jusqu’à révéler qu’un groupe musulman avait revendiqué la paternité de l’attentat.

Un peu plus tard, on avait abandonné l’hypothèse d’une cellule islamiste et on parlait de groupes anarchistes ou d’extrême gauche. Cela s’expliquait par la vague de privatisations un peu partout en Europe et ces jeunes qui s’opposent au courant ultra libéral avaient décidé de frapper fort.

Puis, au petit matin, la situation avait changé du tout au tout. Grosse surprise : il s’agissait d’un jeune homme blanc, cheveux blonds, yeux bleus et chrétien, Anders Behring Breivik, qui reconnaissait être l’auteur de ce massacre au nom de sa lutte contre l’envahissement de l’islam et des idées marxistes dans son pays. Il y est allé d’un long plaidoyer islamophobe et d’extrême droite, où l’on peut reconnaître certaines idées des partis politiques d’extrême droite européens, comme le Front national de Le Pen en France.

Que vont faire maintenant Obama et Cameron? S’ils ont dit qu’ils appuyaient la Norvège dans sa lutte contre le terrorisme (sous-entendu le terrorisme islamiste), vont-ils maintenant tenter de combattre, tel que promis, le terrorisme d’extrême droite, islamophobe et raciste qui est derrière cet attentat meurtrier?

Il est bon de rappeler que l’auteur de cet attentat était membre du Parti du Progrès, le deuxième parti politique de la Norvège, qui, avec 22,9% des votes lors des dernières élections législatives, tient un discours néolibéral et anti-immigration. Tout comme il est bon de souligner que le gouvernement progressiste norvégien avait décidé de se retirer du groupe des pays de l’OTAN qui bombardent actuellement la Libye et d’appuyer les efforts du peuple palestinien pour la reconnaissance de la Palestine comme pays à part entière à l’ONU, en septembre prochain.

C’est dans un tel contexte qu’Anders Behring Breivik a frappé, seul ou avec d’autres, car on peut supposer qu’il avait des complicités ou que ces attentats font partie d’un plan d’ensemble répondant à la « stratégie de la tension ».

Qu’est-ce que la « stratégie de la tension » ? Pas facile à expliquer brièvement. Disons que cette stratégie naît vers la fin des années 1980, avec l’effondrement de l’Union soviétique et la soi-disant fin de la Guerre froide. Les services secrets américains et anglais, essentiellement la CIA et le M15, planifient leur nouvelle façon d’agir. Ces organisations secrètes ont des liens étroits avec un réseau clandestin qui existait depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale : le réseau italien Gladio. En Italie, la loge maçonnique P2 a été associée au réseau Gladio, dont l’existence a été révélée en octobre 1990 par le premier ministre italien Giulo Andreotti.

En réalité, la Guerre froide se transforme en une guerre secrète visant à contrer la montée des forces du changement un peu partout dans le monde. Elle consiste à perpétrer, en Europe surtout, des attentats dont on attribue, dans un premier temps, la paternité aux forces de gauche. Ces actions violentes visent donc à susciter l’émergence de gouvernements autoritaires et à discréditer la gauche, socialistes et communistes confondus, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition.

(À suivre)


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