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Jacques Lanctôt

So so so, solidarité! (I)

Canoë 
29/09/2008 19h23 

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Jacques Lanctôt - So so so, solidarité! (I)
 

Je reviens d’un séjour d’une semaine dans cette île minuscule qui s’appelle Cuba. Elle fait souvent parler d’elle, cette perle des Antilles. Dernièrement, ce fut pour des raisons qu’elle aurait préférées autres: les cyclones qui ont ravagé le pays de bord en bord (d’une mer à l’autre, pour reprendre une expression familière d’ici) et deux fois plutôt qu’une, semant la désolation et la consternation un peu partout et retardant certainement de plusieurs mois tout l’élan entrepris il y a peu pour augmenter significativement la production agricole.

Heureusement, la capitale, La Havane, ce joyau architectural dont la vieille partie historique est classée patrimoine mondial, cette cité on ne peut plus baroque où se côtoient tous les styles architecturaux, a été plus ou moins épargnée. Ici et là, quelques balcons se sont effondrés sous l’effet conjugué du salpêtre, des pluies abondantes et du soleil. La sécurité civile a établi des périmètres de sécurité autour de certains bâtiments, et cela, dès le début du cyclone Ike, afin d’éviter tout risque de pertes humaines. Rien ne fut laissé à ce hasard qui fait toujours trop de victimes.

Pepe Armando, âgé de 76 ans, a vu sa maison totalement dévastée. Il y a deux ans, sa femme mourait au terme d’une maladie qui l’avait clouée sur un lit d’hôpital pendant de longs mois. Il vivait seul depuis ce temps dans cette modeste demeure en bois qui, pourtant, en avait vu d’autres. Mais cette fois, ce fut fatal, comme pour des milliers d’autres familles, aujourd’hui sans toit. Heureusement, il n’a pas été blessé, car on l’avait forcé à abandonner sa maison. Il n’était pas au courant qu’allait s’abattre sur son petit village le deuxième cyclone, huit jours après le passage du premier, Gustav, qui avait laissé toute la province de Pinar del Rio sans électricité, donc sans possibilité d’écouter la radio ou la télévision pour s’informer.

Ce fut l’armée et la sécurité civile qui ont déambulé dans les rues et ont alerté les villageois, à l’aide de haut-parleurs, qu’ils devaient rapidement évacuer leurs demeures et se réfugier dans l’école, le seul édifice capable de résister à ce genre de cataclysme.

Pepe y est demeuré une bonne dizaine de jours, vivant dans la grande salle commune avec une centaine de ses concitoyens, sans trop d’intimité, comme on peut s’y attendre lorsqu’arrivent de telles catastrophes. Puis il s’est souvenu qu’une de ses filles vivait à La Havane. Alors, résolument décidé à lui faire la visite et n’écoutant que son désir d’améliorer sa situation, Pepe Armando, sans canne et sans valise, a pris l’autobus en direction de la capitale, malgré son âge avancé. En descendant au terminus d’autobus, près de la Bibliothèque nationale José Marti, après quelques heures d’un périple hasardeux, il s’est dirigé vers une auto-patrouille de la police. Il a demandé aux deux policiers de garde s’ils voulaient bien le reconduire là où vivait sa fille, Olga, car il n’avait ni les moyens pour se payer un taxi ni la direction exacte. Il se souvenait vaguement qu’elle vivait près de l’Université de La Havane, dans le quartier du Vedado.

Alors, les policiers l’ont fait monter à bord de l’auto-patrouille et ils se sont dirigés vers l’université dont les marches menant à la célèbre statue de l’Alma Mater ont été le théâtre de nombreuses luttes sanglantes contre les différentes dictatures. À force de questionner les passants et les commerçants du voisinage, Armando, aussi incroyable que cela puisse paraître, a finalement retrouvé la maison de sa fille. Celle-ci était contente d’avoir enfin de ses nouvelles, car les communications téléphoniques avaient été interrompues dès le début de l’ouragan et elle n’avait donc pu communiquer avec lui. La porte de la maison lui fut grande ouverte. Il n’était pas le premier «réfugié» que La Havane accueillait depuis le passage de l’ouragan Ike. (À suivre).






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